Vitesse, collisions et activation
Une barre de fer rouille en plusieurs mois ; la même quantité de fer réduite en poudre fine et placée dans une flamme brûle en quelques secondes. La transformation est la même, mais sa rapidité n'a rien à voir. Comment définir et mesurer cette rapidité, et comment l'expliquer à l'échelle des molécules ?
Transformations lentes et rapides, choix d'un capteur
Une précipitation d'ions argent par des ions chlorure est instantanée. L'oxydation lente du fer à l'air dure des mois. Entre les deux, la décoloration d'une solution de diiode se mesure en minutes.
Une transformation est rapide si son évolution n'est plus observable à l'œil nu ou avec l'instrument dès le mélange ; elle est lente si l'on peut suivre son évolution pendant quelques secondes, minutes, heures ou plus.
Pour la suivre au cours du temps, on choisit une grandeur physique qui dépend de la composition du système :
| Grandeur mesurée | Capteur | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Conductivité $\sigma$ | conductimètre | des ions apparaissent ou disparaissent |
| pH | pH-mètre | $\mathrm{H_3O^+}$ ou $\mathrm{HO^-}$ est consommé ou formé |
| Absorbance $A$ | spectrophotomètre | une espèce colorée est consommée ou formée (loi de Beer-Lambert) |
| Pression $P$ | manomètre | un gaz est consommé ou formé, à volume et température constants |
Dans la synthèse industrielle de l'ammoniac : $$\mathrm{N_2}\,(\mathrm{g}) + 3\,\mathrm{H_2}\,(\mathrm{g}) \rightleftharpoons 2\,\mathrm{NH_3}\,(\mathrm{g}) \quad \Delta…
Dans la synthèse industrielle de l'ammoniac :
$$\mathrm{N_2}\,(\mathrm{g}) + 3\,\mathrm{H_2}\,(\mathrm{g}) \rightleftharpoons 2\,\mathrm{NH_3}\,(\mathrm{g}) \quad \Delta H^\circ = -92{,}2\,\text{kJ}$$- a) Différencier sur le plan conceptuel la vitesse d'une réaction chimique et son degré d'avancement ou rendement à l'équilibre.
- b) Si l'on augmente la température de travail de $300\,^\circ\text{C}$ à $500\,^\circ\text{C}$, justifier quel paramètre cinétique augmente et ce qu'il advient de la constante thermodynamique d'équilibre $K_p$, en expliquant pourquoi une vitesse plus grande n'implique pas une plus grande quantité finale de produit.
Vitesse volumique de disparition et d'apparition
Quand on plonge du magnésium dans de l'acide chlorhydrique, le dégagement gazeux est vif au début et presque imperceptible quelques minutes plus tard. La rapidité change à chaque instant : il faut une définition qui tienne compte de cela.
La courbe n'est pas une droite : au début, les réactifs sont abondants et la vitesse est grande ; elle diminue quand ils se consomment. La tangente est de plus en plus « plate » : la vitesse diminue.
Sur un intervalle fini, on peut calculer une vitesse moyenne : $\dfrac{-\Delta[\mathrm{A}]}{\Delta t}$. Elle tend vers la vitesse à l'instant $t$ quand $\Delta t$ devient très petit.
Dans un réacteur fermé de volume constant à $300\,\text{K}$, on suit la décomposition en phase gazeuse du pentoxyde de diazote selon la réaction :…
Dans un réacteur fermé de volume constant à $300\,\text{K}$, on suit la décomposition en phase gazeuse du pentoxyde de diazote selon la réaction :
$$2\,\mathrm{N_2O_5}\,(\mathrm{g}) \rightarrow 4\,\mathrm{NO_2}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{O_2}\,(\mathrm{g})$$Sur un intervalle de $40\,\text{s}$, la concentration de $\mathrm{N_2O_5}$ diminue de $0{,}100\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$ à $0{,}064\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$.
- a) Calculer la vitesse moyenne de disparition de $\mathrm{N_2O_5}$ sur cet intervalle de temps.
- b) Déterminer la vitesse moyenne globale de la réaction, normalisée par la stœchiométrie, et la vitesse moyenne de formation de $\mathrm{NO_2}$.
On étudie la cinétique de la décomposition en solution aqueuse du réactif $\mathrm{A}$ selon…
On étudie la cinétique de la décomposition en solution aqueuse du réactif $\mathrm{A}$ selon $\mathrm{A}\,(\mathrm{aq}) \rightarrow \mathrm{B}\,(\mathrm{aq}) + \mathrm{C}\,(\mathrm{aq})$ à $25\,^\circ\text{C}$. On mesure les concentrations de $\mathrm{A}$ en fonction du temps et l'on obtient : à $t = 0\,\text{s}$, $[\mathrm{A}] = 0{,}80\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$ ; à $t = 10\,\text{s}$, $[\mathrm{A}] = 0{,}50\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$ ; à $t = 20\,\text{s}$, $[\mathrm{A}] = 0{,}32\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$ ; et à $t = 30\,\text{s}$, $[\mathrm{A}] = 0{,}22\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$. L'évolution temporelle observée est illustrée ci-dessous.
- a) Calculer la vitesse moyenne de disparition de $\mathrm{A}$ sur les trois intervalles successifs : $[0\,;\,10]\,\text{s}$, $[10\,;\,20]\,\text{s}$ et $[20\,;\,30]\,\text{s}$.
- b) Comparer numériquement les trois valeurs et expliquer, à l'aide de la théorie des collisions, la cause de la variation observée au fur et à mesure de l'avancement de la réaction.
Pour la réaction de décomposition thermique $2\,\mathrm{NO_2}\,(\mathrm{g}) \rightarrow 2\,\mathrm{NO}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{O_2}\,(\mathrm{g})$ à volume constant et…
Pour la réaction de décomposition thermique $2\,\mathrm{NO_2}\,(\mathrm{g}) \rightarrow 2\,\mathrm{NO}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{O_2}\,(\mathrm{g})$ à volume constant et $500\,\text{K}$, on enregistre la concentration en dioxyde d'azote en fonction du temps. À l'instant $t = 40\,\text{s}$, la tangente à la courbe concentration-temps passe exactement par les points auxiliaires $(0\,\text{s};\,0{,}052\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1})$ et $(80\,\text{s};\,0{,}012\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1})$.
- a) Déterminer la valeur de la vitesse instantanée de disparition de $\mathrm{NO_2}$ à cet instant $t = 40\,\text{s}$.
- b) Calculer la vitesse instantanée de formation de $\mathrm{O_2}$ au même instant et justifier pourquoi la vitesse instantanée fournit une information cinétique plus précise que la vitesse moyenne calculée entre $0\,\text{s}$ et $80\,\text{s}$.
Temps de demi-réaction
Combien de temps faut-il pour que la moitié d'un réactif ait disparu ? Cette durée est facile à lire sur une courbe.
Le temps de demi-réaction donne l'ordre de grandeur de la durée de la transformation : on la considère achevée au bout de quelques $t_{1/2}$. Attention : on réserve « demi-vie » aux noyaux radioactifs.
Collisions et chocs efficaces
Dans un litre de gaz à température ambiante, il se produit un nombre immense de chocs par seconde, et pourtant la plupart des réactions ne sont pas instantanées. Pourquoi si peu de chocs aboutissent-ils ?
Seule une très petite fraction des chocs est efficace. Cela explique l'influence de deux facteurs cinétiques :
-
Concentration : plus les réactifs sont concentrés, plus les entités sont proches les unes des autres, plus la fréquence des chocs augmente, donc la vitesse aussi.
-
Température : quand $T$ augmente, l'agitation thermique augmente : les chocs sont plus fréquents et surtout plus énergétiques, donc plus souvent efficaces.
Considérer la réaction globale en phase gazeuse entre le monoxyde de carbone et le dioxyde d'azote : $$\mathrm{CO}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{NO_2}\,(\mathrm{g})…
Considérer la réaction globale en phase gazeuse entre le monoxyde de carbone et le dioxyde d'azote :
$$\mathrm{CO}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{NO_2}\,(\mathrm{g}) \rightarrow \mathrm{CO_2}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{NO}\,(\mathrm{g})$$Utiliser un modèle simplifié de collision avec transfert d'un atome d'oxygène entre ces molécules, sans l'identifier nécessairement au mécanisme réel complet :
- a) Expliquer pourquoi toutes les collisions entre molécules de $\mathrm{CO}$ et de $\mathrm{NO_2}$ ne conduisent pas à la formation de produits, en indiquant les deux conditions indispensables pour qu'un choc soit efficace.
- b) Justifier laquelle des deux orientations relatives favorise la réaction : l'atome de carbone de $\mathrm{CO}$ heurtant un atome d'oxygène de $\mathrm{NO_2}$, ou l'atome d'oxygène de $\mathrm{CO}$ heurtant l'atome d'azote de $\mathrm{NO_2}$.
On conçoit deux réacteurs pour étudier deux voies bimoléculaires concurrentes partant du même réactif gazeux $\mathrm{X}$ : Voie 1 :…
On conçoit deux réacteurs pour étudier deux voies bimoléculaires concurrentes partant du même réactif gazeux $\mathrm{X}$ :
Voie 1 : $2\,\mathrm{X}\,(\mathrm{g}) \rightarrow \mathrm{Y}\,(\mathrm{g})$, exothermique avec $\Delta H_1^\circ = -80\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$ et $E_{a,1} = 45\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$.
Voie 2 : $2\,\mathrm{X}\,(\mathrm{g}) \rightarrow \mathrm{Z}\,(\mathrm{g})$, exothermique avec $\Delta H_2^\circ = -150\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$ et $E_{a,2} = 90\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$.
Le facteur stérique de collision pour la voie 1 est très restrictif ($p_1 = 0{,}01$) en raison de l'exigence d'un alignement spatial précis, alors que pour la voie 2 il est peu restrictif ($p_2 = 0{,}80$). La fréquence totale des chocs $Z$ est identique pour les deux voies.
- a) Écrire la constante de vitesse d'Arrhenius modifiée ($k = p\cdot Z\cdot\exp(-E_a/(R\cdot T))$) et déterminer à quelle température les deux voies présenteraient exactement la même constante de vitesse ($k_1 = k_2$).
- b) En supposant égales les entropies des deux produits, comparer leur stabilité thermodynamique à l'aide de l'enthalpie libre. Distinguer quelle voie forme le produit le plus rapidement au départ à des températures inférieures ou supérieures au seuil calculé, et pourquoi cette préférence cinétique ne détermine pas la composition finale si les deux voies sont réversibles et atteignent l'équilibre. Donnée : $R=8{,}314\,\mathrm{J}\cdot\mathrm{mol}^{-1}\cdot\mathrm{K}^{-1}$.
Énergie d'activation et profil énergétique
Pour qu'un choc soit efficace, l'énergie des entités doit dépasser une barrière : l'énergie d'activation $E_a$. Au sommet de la barrière, le système passe par un état instable, l'état de transition (complexe activé), qui n'est pas isolable et n'est pas un intermédiaire réactionnel.
Dans le widget, augmenter $E_a$ rend la barrière plus haute (réaction plus lente) ; modifier $\Delta H$ ne déplace que le niveau d'arrivée, pas la hauteur de la barrière directe.
Le diagramme d'énergie potentielle du processus élémentaire en phase gazeuse : $$\mathrm{A}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{B}\,(\mathrm{g}) \rightleftharpoons…
Le diagramme d'énergie potentielle du processus élémentaire en phase gazeuse :
$$\mathrm{A}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{B}\,(\mathrm{g}) \rightleftharpoons \mathrm{C}\,(\mathrm{g}) + \mathrm{D}\,(\mathrm{g})$$montre que l'enthalpie des réactifs est $H_R = 45\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$, l'enthalpie des produits est $H_P = 85\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$, et l'énergie correspondant à l'état de transition (complexe activé) est $H_{\neq} = 130\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$.
- a) Calculer l'enthalpie de la réaction directe ($\Delta H^\circ$), l'énergie d'activation directe ($E_{a,\text{dir}}$) et l'énergie d'activation du processus inverse ($E_{a,\text{inv}}$).
- b) Expliquer ce que représente physiquement le complexe activé et justifier lequel des deux processus (direct ou inverse) présentera la plus grande constante de vitesse à même température, en considérant des facteurs préexponentiels identiques.
Une réaction en phase gazeuse suit le profil énergétique direct non catalysé avec $E_{a} = 115{,}0\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$ et une variation d'enthalpie standard…
Une réaction en phase gazeuse suit le profil énergétique direct non catalysé avec $E_{a} = 115{,}0\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$ et une variation d'enthalpie standard $\Delta H^\circ = -35{,}0\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$. Lorsqu'on ajoute un catalyseur hétérogène solide, l'énergie d'activation directe est ramenée à $68{,}0\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}$. Considérer $R = 8{,}314\,\text{J}\cdot\text{mol}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}$ et une température de $500\,\text{K}$.
- a) Déterminer l'énergie d'activation de la réaction inverse sans catalyseur et avec catalyseur. Indiquer si la présence du catalyseur modifie l'enthalpie de réaction ou la constante d'équilibre.
- b) Dans une estimation simplifiée de la barrière énergétique, on utilise le facteur de Boltzmann $\exp(-E_a/(R\cdot T))$. Calculer le rapport entre ces facteurs pour la voie catalysée et la voie non catalysée dans le sens direct à $500\,\text{K}$. Ce facteur n'est pas la distribution complète des énergies et ne garantit pas à lui seul un choc efficace.
Pour quantifier la vitesse d'oxydation de l'ion iodure par le peroxyde d'hydrogène en milieu acide : $$\mathrm{H_2O_2}\,(\mathrm{aq}) + 2\,\mathrm{I^-}\,(\mathrm{aq}) +…
Pour quantifier la vitesse d'oxydation de l'ion iodure par le peroxyde d'hydrogène en milieu acide :
$$\mathrm{H_2O_2}\,(\mathrm{aq}) + 2\,\mathrm{I^-}\,(\mathrm{aq}) + 2\,\mathrm{H^+}\,(\mathrm{aq}) \rightarrow \mathrm{I_2}\,(\mathrm{aq}) + 2\,\mathrm{H_2O}\,(\mathrm{l})$$on réalise trois essais indépendants en solution tamponnée à $298\,\text{K}$. Les concentrations mesurées de $\mathrm{I_2}$ formé au bout de $120\,\text{s}$ sont : essai 1 : $(3{,}52 \pm 0{,}04)\cdot 10^{-3}\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$ ; essai 2 : $(3{,}60 \pm 0{,}04)\cdot 10^{-3}\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$ ; essai 3 : $(3{,}56 \pm 0{,}04)\cdot 10^{-3}\,\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}$, la concentration initiale de $\mathrm{I_2}$ étant nulle dans tous les cas. Le temps est mesuré avec un chronomètre d'incertitude $\pm 1\,\text{s}$.
- a) Déterminer la concentration moyenne de $\mathrm{I_2}$ à $t = 120\,\text{s}$ avec une estimation prudente de l'incertitude et calculer la vitesse moyenne de formation de $\mathrm{I_2}$ sur cet intervalle avec l'incertitude correspondante. Utiliser, comme convention de cet exercice, $\Delta c=(c_{\max}-c_{\min})/2+0{,}04\cdot10^{-3}\,\mathrm{mol}\cdot\mathrm{L}^{-1}$ et $\Delta v/v=\Delta c/\bar c+\Delta t/t$.
- b) Déduire la vitesse moyenne normalisée de la réaction et la vitesse moyenne de consommation de l'ion iodure $\mathrm{I^-}$ sur cet intervalle de temps, en indiquant les unités avec rigueur.
Retour au début : la poudre de fer brûle en quelques secondes. La température élevée de la flamme rend les chocs bien plus efficaces. De plus, en grains fins, le fer offre une grande surface de contact avec le dioxygène (autre facteur cinétique, mentionné ici brièvement) : davantage de chocs par seconde.