Bulles spéculatives, paniques bancaires et régulation
En septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers fait faillite. En quelques semaines, les bourses s'effondrent, les banques européennes se méfient les unes des autres, les crédits se raréfient et le chômage monte en France comme ailleurs. Comment une crise née sur le marché immobilier américain a-t-elle pu toucher des entreprises et des salariés français ? Et que peut-on faire pour que cela ne se reproduise pas ? Tu vas le comprendre en suivant la chaîne : bulle, panique, transmission, régulation.
La bulle spéculative : quand le prix s'éloigne de la valeur
Une bulle spéculative est une hausse forte et durable du prix d'un actif (actions, immobilier, matières premières…) qui s'éloigne de sa valeur fondamentale, c'est-à-dire de la valeur justifiée par les revenus que l'actif peut rapporter (dividendes, loyers, bénéfices).
Pourquoi les prix montent-ils trop ? Parce que les acheteurs n'achètent plus pour les revenus de l'actif, mais pour le revendre plus cher. Deux mécanismes se combinent :
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les comportements mimétiques : chacun imite les autres, en se disant que « tout le monde achète, donc c'est un bon placement » ;
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la prophétie auto-réalisatrice : si beaucoup d'agents anticipent une hausse, ils achètent, et leurs achats font effectivement monter les prix, ce qui confirme leurs anticipations.
Le crédit facile alimente le processus : on s'endette pour acheter, en comptant sur la plus-value pour rembourser.
Quand les acheteurs réalisent que le prix est trop élevé, certains vendent pour empocher leur gain. Les prix se retournent, les anticipations aussi : tout le monde veut vendre en même temps, et la bulle éclate. Les ménages endettés qui doivent revendre accentuent la baisse.
Définir ce qu'est une bulle spéculative. Expliquer en quelques lignes pourquoi, pendant la phase de hausse, le prix d'un actif s'éloigne de sa valeur fondamentale.
Définir ce qu'est une bulle spéculative. Expliquer en quelques lignes pourquoi, pendant la phase de hausse, le prix d'un actif s'éloigne de sa valeur fondamentale.
Le prix moyen d'un mètre carré dans une métropole française passe de 3 000 € à 4 500 € en six ans, alors que les loyers qui peuvent être perçus restent stables et que…
Le prix moyen d'un mètre carré dans une métropole française passe de 3 000 € à 4 500 € en six ans, alors que les loyers qui peuvent être perçus restent stables et que les crédits sont très facilement accordés.
- a) Calculer le taux de variation global du prix du mètre carré.
- b) Expliquer le rôle du crédit facile et des anticipations des acheteurs dans la formation d'une bulle.
- c) Décrire ce qui se passe si les prix se retournent à la baisse et que des ménages endettés doivent revendre.
La panique bancaire
Une banque reçoit des dépôts à vue (que les clients peuvent retirer quand ils veulent) et accorde des crédits à long terme (immobilier, entreprises). Elle ne garde en caisse qu'une petite partie des dépôts : c'est la transformation d'échéances.
Une panique bancaire (ou ruée vers les guichets) se produit quand de nombreux déposants, craignant pour leur argent, demandent en même temps à le retirer.
Même solvable (son actif vaut plus que ses dettes), la banque est alors illiquide : ses crédits ne peuvent pas être récupérés du jour au lendemain, et la vente en urgence se fait à perte. Si chaque déposant pense que les autres vont retirer, il a intérêt à retirer le premier : la panique devient une prophétie auto-réalisatrice, et la banque fait faillite.
Les faillites se propagent : les banques se prêtent entre elles (interconnexion), donc la chute de l'une fragilise ses créancières. Des faillites en chaîne peuvent suivre. Pour éviter ces paniques, il existe une garantie des dépôts (en France, jusqu'à 100 000 € par déposant et par banque) et la banque centrale peut prêter des liquidités aux banques en difficulté.
Définir une panique bancaire. Expliquer pourquoi une banque, même solvable, peut ne pas pouvoir rembourser tous ses déposants si ceux-ci demandent simultanément le…
Définir une panique bancaire. Expliquer pourquoi une banque, même solvable, peut ne pas pouvoir rembourser tous ses déposants si ceux-ci demandent simultanément le retrait de leurs dépôts.
De la finance à l'économie réelle
Une crise financière touche l'économie réelle (production, emploi) par plusieurs canaux de transmission :
| Canal | Mécanisme | Conséquence |
|---|---|---|
| Effet de richesse négatif | Les prix des actions et de l'immobilier baissent, le patrimoine des ménages diminue | Ils consomment moins, la demande baisse |
| Baisse du prix du collatéral | Les actifs donnés en garantie d'un prêt perdent de la valeur, les emprunteurs doivent rembourser ou vendre (ventes forcées) | Les prix baissent encore |
| Contraction du crédit (credit crunch) | Les banques, fragilisées et méfiantes, prêtent moins | Les entreprises investissent moins, certaines font faillite |
| Baisse de la confiance | Les agents anticipent le pire | Ils reportent achats et investissements |
Résultat : le PIB recule, le chômage augmente. La crise de 2008 a ainsi produit une récession en 2009 en France.
Expliquer, à l'aide de deux exemples précis, comment une crise financière se transmet à l'économie réelle par : a) le canal du crédit (credit crunch) ; b) l'effet de…
Expliquer, à l'aide de deux exemples précis, comment une crise financière se transmet à l'économie réelle par : a) le canal du crédit (credit crunch) ; b) l'effet de richesse et la baisse de la confiance. Conclure en indiquant les conséquences possibles sur l'investissement des entreprises et l'emploi.
Comparer la crise de 1929-1930 et celle de 2007-2008 selon les trois axes suivants : a) l'origine (bulle, endettement, secteur concerné) ; b) les mécanismes de…
Comparer la crise de 1929-1930 et celle de 2007-2008 selon les trois axes suivants :
- a) l'origine (bulle, endettement, secteur concerné) ;
- b) les mécanismes de propagation (paniques bancaires, interconnexion des banques, dimension internationale) ;
- c) les réponses des pouvoirs publics (politique monétaire, sauvetage bancaire, politique budgétaire) et leurs effets sur la gravité de la récession.
Réguler : le ratio de solvabilité et l'aléa moral
Une banque dont les dirigeants savent qu'elle sera secourue par l'État (« trop grande pour faire faillite ») peut prendre trop de risques : c'est l'aléa moral. Les gains lui reviennent, les pertes sont en partie supportées par la collectivité.
Pour le limiter, la supervision (Banque de France, BCE) impose notamment un ratio de solvabilité :
$$\text{ratio de solvabilité} = \frac{\text{fonds propres}}{\text{actifs pondérés par les risques}} \times 100$$Les actifs pondérés donnent plus de poids aux prêts risqués. Les règles de Bâle fixent un minimum (par exemple 8 %, et davantage pour les grandes banques). Les fonds propres absorbent les pertes avant que les déposants soient touchés : plus ils sont élevés, plus la banque est solide et plus ses actionnaires ont à perdre en cas de prise de risque.
D'autres instruments existent : exigences supplémentaires pour les banques d'importance systémique, séparation des activités de dépôt et de marché, tests de résistance. Ils ont des limites : coût pour le financement de l'économie (moins de crédits, plus chers), contournement possible (activités déplacées vers la finance non régulée) et effet procyclique : une règle identique pour toutes impose, quand les pertes augmentent, de réduire les crédits au pire moment.
Une banque a des fonds propres de 6 milliards d'euros et des actifs pondérés par les risques de 80 milliards d'euros. a) Calculer son ratio de solvabilité. b) Ce ratio…
Une banque a des fonds propres de 6 milliards d'euros et des actifs pondérés par les risques de 80 milliards d'euros.
- a) Calculer son ratio de solvabilité.
- b) Ce ratio est-il conforme à un minimum réglementaire de 8 % ? Justifier.
Une banque a 100 milliards d'euros d'actifs pondérés par les risques et 9 milliards d'euros de fonds propres. Elle subit 4 milliards d'euros de pertes sur des crédits…
Une banque a 100 milliards d'euros d'actifs pondérés par les risques et 9 milliards d'euros de fonds propres. Elle subit 4 milliards d'euros de pertes sur des crédits immobiliers, supposées sans variation des actifs pondérés.
- a) Calculer son ratio de solvabilité avant et après les pertes.
- b) Si le minimum exigé est de 8 %, la banque respecte-t-elle encore la norme ? Quelle décision le superviseur peut-il prendre ?
- c) Expliquer en quoi l'exigence de fonds propres limite la prise de risque excessive.
Les banques jugées « trop grandes pour faire faillite » savent qu'elles seront probablement secourues par l'État. a) Définir l'aléa moral et expliquer en quoi il…
Les banques jugées « trop grandes pour faire faillite » savent qu'elles seront probablement secourues par l'État.
- a) Définir l'aléa moral et expliquer en quoi il s'applique à cette situation.
- b) Présenter deux instruments de supervision ou de régulation (ratio de solvabilité, exigences supplémentaires pour les grandes banques, séparation des activités, etc.) destinés à le réduire.
- c) Discuter les limites de ces instruments : coût pour le financement de l'économie, contournement possible.
Une banque a des actifs pondérés de 200 milliards d'euros et des fonds propres de 18 milliards d'euros. La norme impose un ratio de 10 %. a) Calculer son ratio et le…
Une banque a des actifs pondérés de 200 milliards d'euros et des fonds propres de 18 milliards d'euros. La norme impose un ratio de 10 %.
- a) Calculer son ratio et le montant d'actifs pondérés qu'elle devrait détenir au maximum, à fonds propres inchangés, pour respecter la norme.
- b) Montrer que, si elle choisit de réduire ses actifs plutôt que d'augmenter ses fonds propres, elle diminue ses crédits, et discuter l'effet sur l'économie réelle en période de crise.
- c) Expliquer pourquoi une règle identique pour toutes les banques peut avoir un effet procyclique.
Retour au début : la faillite de Lehman Brothers a touché des entreprises françaises parce que la bulle immobilière américaine a éclaté, que les banques interconnectées ont perdu confiance les unes dans les autres et ont réduit leurs crédits. La régulation actuelle cherche à ce que les banques détiennent assez de fonds propres pour encaisser de telles pertes.