Engagement politique, passager clandestin et instruments environnementaux
Dimanche soir, 42 % des inscrits de ta commune n'ont pas voté. Pourtant, ces mêmes habitants se disent « très inquiets » du réchauffement climatique. Pourquoi des citoyens préoccupés par un problème se mobilisent-ils si peu, et comment l'action publique peut-elle les y aider ? Nous y répondrons à la fin de la page.
Les formes de l'engagement politique
L'engagement politique désigne l'ensemble des actions par lesquelles des individus cherchent à influencer les décisions publiques ou le choix des gouvernants.
On distingue :
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les formes conventionnelles : voter, adhérer à un parti ou à un syndicat, se présenter à une élection, militer pour un candidat ;
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les formes non conventionnelles (ou protestataires) : manifester, signer une pétition, faire grève, boycotter un produit, occuper un lieu, participer à une marche pour le climat.
On peut aussi classer ces actions selon qu'elles sont individuelles (voter, signer une pétition en ligne, boycotter) ou collectives (manifestation, grève, association, ONG).
La participation varie selon les groupes sociaux. Les personnes plus âgées, plus diplômées, mieux intégrées socialement (en emploi, insérées dans des réseaux, propriétaires de leur logement) votent davantage. L'offre politique compte aussi : si aucun candidat ne semble représenter un électeur, il peut s'abstenir.
Citer trois formes d'engagement politique (conventionnelles et non conventionnelles) et indiquer pour chacune si elle relève du vote, de l'action collective ou d'une…
Citer trois formes d'engagement politique (conventionnelles et non conventionnelles) et indiquer pour chacune si elle relève du vote, de l'action collective ou d'une action individuelle.
Lors d'une élection, le taux d'abstention est de 42 % pour 48 millions d'inscrits. a) Calculer le nombre de votants. b) Citer deux facteurs sociologiques expliquant les…
Lors d'une élection, le taux d'abstention est de 42 % pour 48 millions d'inscrits.
- a) Calculer le nombre de votants.
- b) Citer deux facteurs sociologiques expliquant les écarts de participation (âge, diplôme, intégration sociale) et un facteur lié à l'offre politique.
Le paradoxe de l'action collective
Si un bien profite à tous (un air plus pur), chacun peut espérer en bénéficier sans payer. C'est la logique du passager clandestin : celui qui profite d'un bien collectif sans contribuer à son financement ou à sa production.
L'économiste Mancur Olson en tire un paradoxe : plus un groupe est nombreux, plus la contribution d'un seul pèse peu, plus la tentation de ne pas participer est forte. Des individus qui ont un intérêt commun ne se mobilisent donc pas forcément. Les petits groupes, où l'absence de chacun se remarque, s'organisent plus facilement.
Comment surmonter ce problème ?
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Les incitations sélectives : avantages réservés à ceux qui participent (services d'un syndicat, tarifs d'une association, reconnaissance sociale) ou sanctions pour les autres.
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Les entrepreneurs de mobilisation et les mouvements sociaux : ils abaissent le coût de la participation, donnent une identité commune et rendent l'action visible.
Définir le passager clandestin. Illustrer par un exemple tiré de la lutte contre le changement climatique.
Définir le passager clandestin. Illustrer par un exemple tiré de la lutte contre le changement climatique.
Dans une copropriété de 100 habitants, une isolation coûte 200 € par habitant et procure un bénéfice collectif de 500 € à chacun si tous contribuent. Si un seul n'y…
Dans une copropriété de 100 habitants, une isolation coûte 200 € par habitant et procure un bénéfice collectif de 500 € à chacun si tous contribuent. Si un seul n'y participe pas, le bénéfice est quasi inchangé pour les autres.
- a) Expliquer pourquoi chacun est tenté de ne pas participer.
- b) Montrer que l'opération est pourtant collectivement avantageuse.
- c) Proposer un instrument public pour résoudre le problème.
Expliquer, avec la théorie de l'action collective d'Olson, pourquoi des groupes nombreux peinent à se mobiliser pour un bien collectif. Discuter comment les incitations…
Expliquer, avec la théorie de l'action collective d'Olson, pourquoi des groupes nombreux peinent à se mobiliser pour un bien collectif. Discuter comment les incitations sélectives et les mouvements sociaux peuvent surmonter ce problème, à partir d'un exemple environnemental français.
Le climat, un bien collectif mondial et une ressource commune
Un climat stable est un bien collectif mondial : on ne peut pas en exclure un pays (non-exclusion) et la jouissance de l'un n'empêche pas celle des autres (non-rivalité). En SES, on parle de bien commun lorsque la non-exclusion s'accompagne d'une rivalité (ressources que l'on peut épuiser, comme l'atmosphère capable d'absorber le CO₂ : plus un pays émet, moins il reste de « capacité d'absorption » pour les autres). Précisons : un climat stable est un bien collectif mondial (ni exclusion, ni rivalité), tandis que la capacité d'absorption de l'atmosphère est une ressource commune (un bien commun, avec rivalité). Les deux logiques se combinent dans la question climatique. La stabilité du climat profite à tous les pays. Mais réduire ses émissions a un coût pour chaque pays, alors que le bénéfice est partagé par toute la planète. Chaque État est tenté d'être passager clandestin et d'attendre que les autres agissent.
C'est pourquoi les négociations internationales (les COP, l'Accord de Paris de 2015) sont difficiles : les engagements reposent sur la bonne volonté, et les pays n'ont pas les mêmes intérêts. Les pays développés sont historiquement les plus gros émetteurs, alors que les pays en développement invoquent leur droit au développement. Les inégalités de développement compliquent donc le partage de l'effort.
L'action publique s'organise à plusieurs échelles :
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locale : zones à faibles émissions dans une métropole, plan climat d'une commune ;
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nationale : lois, taxes, aides à la rénovation ;
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européenne : marché européen de quotas, normes sur les véhicules ;
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mondiale : COP, Accord de Paris.
Les acteurs qui placent le sujet à l'agenda politique (la mise à l'agenda) sont variés : pouvoirs publics, ONG, entreprises, experts (GIEC), partis, mouvements citoyens. Exemple : la Convention citoyenne pour le climat (2019-2020) a réuni 150 citoyens tirés au sort, dont les propositions ont nourri le débat parlementaire français.
Citer un exemple de réglementation, de taxe et de marché de quotas d'émission en matière environnementale. Indiquer à quelle échelle (locale, nationale, européenne,…
Citer un exemple de réglementation, de taxe et de marché de quotas d'émission en matière environnementale. Indiquer à quelle échelle (locale, nationale, européenne, mondiale) chacun peut être mis en œuvre.
Les instruments de la politique environnementale
La pollution est une externalité négative : le pollueur ne paie pas le dommage qu'il cause aux autres. L'État dispose de plusieurs instruments pour la corriger.
| Instrument | Principe | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Réglementation (norme, interdiction) | Impose un comportement ou un plafond | Résultat certain, simple à comprendre | Coût élevé (même effort pour tous), pas d'incitation à faire mieux que la norme |
| Taxe (taxe carbone) | Fixe un prix par tonne émise | Chacun réduit tant que cela coûte moins que la taxe ; recettes pour l'État | Quantité réduite incertaine ; effets sociaux sur les ménages modestes (mouvement des « gilets jaunes » en 2018) |
| Marché de quotas | Plafonne les émissions et permet d'échanger des droits | Quantité totale certaine ; réduction au moindre coût | Prix du quota variable ; risque de plafond trop généreux |
| Subvention à l'innovation verte | Aide la recherche et les technologies propres | Fait baisser le coût des réductions futures | Coût pour les finances publiques ; effets d'aubaine |
Un exemple de chaque : une norme d'émissions pour les voitures neuves (européenne), la taxe carbone sur les carburants (nationale), le système d'échange de quotas de l'Union européenne (SEQE-UE, européen).
Quand un pays est plus strict que les autres, des entreprises peuvent déplacer leur production là où la règle est plus faible : ce sont les fuites de carbone. Agir à l'échelle européenne ou mondiale limite ce risque. L'Union européenne met en place un mécanisme d'ajustement aux frontières pour taxer le carbone contenu dans certaines importations.
Une taxe carbone fixe 50 € par tonne de CO₂. Une entreprise émet 10 000 tonnes par an. Réduire d'une tonne coûte 30 € pour les 4 000 premières tonnes, puis 70 € pour les…
Une taxe carbone fixe 50 € par tonne de CO₂. Une entreprise émet 10 000 tonnes par an. Réduire d'une tonne coûte 30 € pour les 4 000 premières tonnes, puis 70 € pour les suivantes.
- a) Calculer la réduction d'émissions que l'entreprise choisit de réaliser.
- b) Calculer la taxe qu'elle paie ensuite.
- c) Expliquer pourquoi la taxe incite à réduire les émissions.
Comparer réglementation, taxe et marché de quotas d'émission comme instruments de politique environnementale selon trois critères : efficacité environnementale, coût…
Comparer réglementation, taxe et marché de quotas d'émission comme instruments de politique environnementale selon trois critères : efficacité environnementale, coût économique, justice sociale. Conclure sur l'intérêt de combiner les instruments.
Un marché européen de quotas plafonne les émissions à 1 000 millions de tonnes. Une entreprise a un coût de réduction de 40 € la tonne, une autre de 90 €. Le prix du…
Un marché européen de quotas plafonne les émissions à 1 000 millions de tonnes. Une entreprise a un coût de réduction de 40 € la tonne, une autre de 90 €. Le prix du quota est de 60 €.
- a) Déterminer pour chaque entreprise s'il est préférable de réduire ou d'acheter des quotas.
- b) Montrer pourquoi le marché réduit le coût total par rapport à une réglementation imposant la même réduction à chacune.
- c) Discuter le rôle des différentes échelles (européenne, mondiale) pour éviter les fuites de carbone.
Retour au début : les citoyens inquiets s'abstiennent ou se mobilisent peu parce que l'effet de leur geste individuel est faible (logique du passager clandestin), et que la participation dépend aussi de l'âge, du diplôme et de l'intégration sociale. L'action publique, par des règles, des prix du carbone, des incitations et des mobilisations collectives, peut compenser ce problème.