Bulles spéculatives, paniques bancaires et régulation
En 2008, la faillite d'une grande banque américaine a provoqué en quelques semaines une récession mondiale, y compris en France. Pourquoi des problèmes sur des crédits immobiliers à l'autre bout du monde ont-ils fait monter le chômage près de chez nous ? Et que fait-on pour éviter que cela se reproduise ? Voilà ce que nous allons comprendre.
La bulle spéculative
Imagine un actif (des actions, des logements, une cryptomonnaie) dont le prix monte. Des acheteurs arrivent, non pour l'utiliser, mais pour le revendre plus cher. Leur achat fait monter le prix, ce qui attire d'autres acheteurs : c'est un cercle qui s'auto-alimente.
Trois mécanismes expliquent la phase de hausse :
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les comportements mimétiques : chacun imite les autres, en pensant « tout le monde achète, ils doivent avoir raison » ;
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les prophéties auto-réalisatrices : parce que les acheteurs croient que le prix va monter, ils achètent, et le prix monte vraiment ;
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le crédit facile : on emprunte pour acheter, ce qui injecte encore plus d'argent dans le marché.
Quand les prix se retournent, ceux qui ont emprunté se retrouvent avec un bien qui vaut moins que leur dette. Certains revendent en urgence pour rembourser : cela fait baisser encore les prix, et la chute s'accélère.
Définir ce qu'est une bulle spéculative. Expliquer en quelques lignes pourquoi, pendant la phase de hausse, le prix d'un actif s'éloigne de sa valeur fondamentale.
Définir ce qu'est une bulle spéculative. Expliquer en quelques lignes pourquoi, pendant la phase de hausse, le prix d'un actif s'éloigne de sa valeur fondamentale.
Le prix moyen d'un mètre carré dans une métropole française passe de 3 000 € à 4 500 € en six ans, alors que les loyers qui peuvent être perçus restent stables et que…
Le prix moyen d'un mètre carré dans une métropole française passe de 3 000 € à 4 500 € en six ans, alors que les loyers qui peuvent être perçus restent stables et que les crédits sont très facilement accordés.
- a) Calculer le taux de variation global du prix du mètre carré.
- b) Expliquer le rôle du crédit facile et des anticipations des acheteurs dans la formation d'une bulle.
- c) Décrire ce qui se passe si les prix se retournent à la baisse et que des ménages endettés doivent revendre.
La panique bancaire
Une banque récolte des dépôts que les clients peuvent retirer à tout moment, et elle les prête sur de longues durées (crédits immobiliers, crédits aux entreprises). Elle ne garde en caisse qu'une petite partie des dépôts. En temps normal, cela fonctionne : tous les déposants ne viennent pas le même jour.
Le piège est une prophétie auto-réalisatrice : si je crois que les autres vont retirer leur argent, j'ai intérêt à le retirer avant eux. La banque, même solvable (son actif vaut plus que ses dettes), est illiquide : ses crédits ne sont pas récupérables immédiatement. Elle doit vendre ses actifs en urgence, à perte, et peut faire faillite.
Comme les banques se prêtent entre elles, la faillite de l'une met en difficulté ses créancières : ce sont des faillites en chaîne. Pour éviter les paniques, il existe la garantie des dépôts (100 000 € par déposant et par banque en France) et la banque centrale, prêteuse en dernier ressort.
Définir une panique bancaire. Expliquer pourquoi une banque, même solvable, peut ne pas pouvoir rembourser tous ses déposants si ceux-ci demandent simultanément le…
Définir une panique bancaire. Expliquer pourquoi une banque, même solvable, peut ne pas pouvoir rembourser tous ses déposants si ceux-ci demandent simultanément le retrait de leurs dépôts.
De la crise financière à l'économie réelle
Une crise financière n'est pas qu'une affaire de banquiers. Elle touche la production et l'emploi par plusieurs canaux de transmission :
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la contraction du crédit (credit crunch) : les banques, fragilisées et méfiantes, prêtent moins. Les entreprises ne peuvent plus financer leurs investissements ni leur trésorerie, les ménages n'obtiennent plus de crédits ;
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l'effet de richesse négatif : la baisse des prix des actions ou de l'immobilier réduit le patrimoine des ménages, qui consomment moins ;
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la baisse du prix du collatéral : un prêt est garanti par un bien (le collatéral). Si ce bien perd de la valeur, l'emprunteur doit vendre, ce qui fait encore baisser les prix (ventes forcées) ;
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la chute de la confiance : entreprises et ménages anticipent mal l'avenir, reportent investissements et achats.
Expliquer, à l'aide de deux exemples précis, comment une crise financière se transmet à l'économie réelle par : a) le canal du crédit (credit crunch) ; b) l'effet de…
Expliquer, à l'aide de deux exemples précis, comment une crise financière se transmet à l'économie réelle par : a) le canal du crédit (credit crunch) ; b) l'effet de richesse et la baisse de la confiance. Conclure en indiquant les conséquences possibles sur l'investissement des entreprises et l'emploi.
Comparer la crise de 1929-1930 et celle de 2007-2008 selon les trois axes suivants : a) l'origine (bulle, endettement, secteur concerné) ; b) les mécanismes de…
Comparer la crise de 1929-1930 et celle de 2007-2008 selon les trois axes suivants :
- a) l'origine (bulle, endettement, secteur concerné) ;
- b) les mécanismes de propagation (paniques bancaires, interconnexion des banques, dimension internationale) ;
- c) les réponses des pouvoirs publics (politique monétaire, sauvetage bancaire, politique budgétaire) et leurs effets sur la gravité de la récession.
Réguler le système financier
Les pouvoirs publics ne laissent pas les banques s'effondrer : leur faillite coûte trop cher à toute l'économie. Mais cette protection crée un risque.
Pour limiter l'aléa moral, la supervision (par la banque centrale, la BCE et l'ACPR en France) impose des règles. La principale est le ratio de solvabilité :
$$\text{ratio de solvabilité}=\dfrac{\text{fonds propres}}{\text{actifs pondérés par les risques}}\times100$$Les fonds propres sont les ressources propres de la banque (capital, réserves) : ils absorbent les pertes avant que les déposants ne soient touchés. Les actifs sont pondérés : un crédit risqué compte plus qu'un placement sûr. Les règles de Bâle fixent un minimum (8 % au sens large, davantage pour les grandes banques). Ainsi, une banque qui prend des risques doit aussi détenir plus de fonds propres : elle a elle-même à perdre.
Cette règle a des limites :
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elle a un coût : si les banques doivent détenir plus de fonds propres, le crédit peut devenir plus rare et plus cher ;
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elle est procyclique : en crise, les pertes réduisent les fonds propres, et pour respecter la norme les banques réduisent leurs crédits, ce qui aggrave la récession ;
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elle peut être contournée (activités transférées hors du périmètre régulé, pondérations sous-estimées) ;
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d'autres instruments existent : exigences supplémentaires pour les banques d'importance systémique, séparation des activités de dépôt et de marché, tests de résistance (stress tests).
Une banque a des fonds propres de 6 milliards d'euros et des actifs pondérés par les risques de 80 milliards d'euros. a) Calculer son ratio de solvabilité. b) Ce ratio…
Une banque a des fonds propres de 6 milliards d'euros et des actifs pondérés par les risques de 80 milliards d'euros.
- a) Calculer son ratio de solvabilité.
- b) Ce ratio est-il conforme à un minimum réglementaire de 8 % ? Justifier.
Une banque a 100 milliards d'euros d'actifs pondérés par les risques et 9 milliards d'euros de fonds propres. Elle subit 4 milliards d'euros de pertes sur des crédits…
Une banque a 100 milliards d'euros d'actifs pondérés par les risques et 9 milliards d'euros de fonds propres. Elle subit 4 milliards d'euros de pertes sur des crédits immobiliers, supposées sans variation des actifs pondérés.
- a) Calculer son ratio de solvabilité avant et après les pertes.
- b) Si le minimum exigé est de 8 %, la banque respecte-t-elle encore la norme ? Quelle décision le superviseur peut-il prendre ?
- c) Expliquer en quoi l'exigence de fonds propres limite la prise de risque excessive.
Les banques jugées « trop grandes pour faire faillite » savent qu'elles seront probablement secourues par l'État. a) Définir l'aléa moral et expliquer en quoi il…
Les banques jugées « trop grandes pour faire faillite » savent qu'elles seront probablement secourues par l'État.
- a) Définir l'aléa moral et expliquer en quoi il s'applique à cette situation.
- b) Présenter deux instruments de supervision ou de régulation (ratio de solvabilité, exigences supplémentaires pour les grandes banques, séparation des activités, etc.) destinés à le réduire.
- c) Discuter les limites de ces instruments : coût pour le financement de l'économie, contournement possible.
Une banque a des actifs pondérés de 200 milliards d'euros et des fonds propres de 18 milliards d'euros. La norme impose un ratio de 10 %. a) Calculer son ratio et le…
Une banque a des actifs pondérés de 200 milliards d'euros et des fonds propres de 18 milliards d'euros. La norme impose un ratio de 10 %.
- a) Calculer son ratio et le montant d'actifs pondérés qu'elle devrait détenir au maximum, à fonds propres inchangés, pour respecter la norme.
- b) Montrer que, si elle choisit de réduire ses actifs plutôt que d'augmenter ses fonds propres, elle diminue ses crédits, et discuter l'effet sur l'économie réelle en période de crise.
- c) Expliquer pourquoi une règle identique pour toutes les banques peut avoir un effet procyclique.
Deux crises de référence : 1929 et 2008
Pour le bac, il faut savoir comparer les deux grandes crises financières du XXe et du XXIe siècle.
| 1929-1930 | 2007-2008 | |
|---|---|---|
| Origine | bulle boursière à Wall Street, achats d'actions à crédit | bulle immobilière américaine, crédits subprimes titrisés |
| Propagation | krach, paniques bancaires, faillites en chaîne | pertes cachées dans les produits financiers, interconnexion des banques, gel du crédit interbancaire |
| Dimension | internationale (retour des capitaux, étalon-or) | mondiale, via la finance globalisée |
| Réponses | d'abord peu de soutien : hausse des faillites, politique monétaire restrictive | banques centrales massivement prêteuses, sauvetages bancaires, plans de relance |
| Gravité | « Grande Dépression », chômage massif | « Grande Récession », bien moins profonde que 1930 |
La réaction rapide des banques centrales et des États en 2008 explique en grande partie que la récession ait été moins longue qu'en 1930.
Retour au début : une faillite bancaire à l'autre bout du monde nous touche parce que les banques sont interconnectées et que le crédit, la confiance et la richesse des ménages s'effondrent ensemble. La régulation vise à rendre les banques plus solides et à limiter l'aléa moral.
L'essentiel
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Une bulle spéculative est une hausse du prix d'un actif qui l'éloigne de sa valeur fondamentale, nourrie par le mimétisme, les prophéties auto-réalisatrices et le crédit facile ; elle finit par éclater.
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Une panique bancaire est une ruée simultanée des déposants : même solvable, une banque est illiquide car ses crédits ne sont pas immédiatement récupérables.
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Une crise financière se transmet à l'économie réelle par le credit crunch, l'effet de richesse négatif, la baisse du collatéral et la perte de confiance : investissement, consommation et emploi reculent.
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L'aléa moral (banques « trop grandes pour faire faillite ») est limité par la supervision et le ratio de solvabilité = fonds propres / actifs pondérés × 100.
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Cette régulation a des limites : coût pour le crédit, effet procyclique, contournement.