Mutations, allèles et comparaison de séquences
Emma et son frère Hugo ont les mêmes parents, mais pas la même couleur d'yeux. Ils ont pourtant les mêmes gènes, mais pas forcément les mêmes allèles. Comment deux personnes d'une même famille, ou d'une même espèce, peuvent-elles avoir des caractères différents ? La réponse se cache dans de minuscules différences de séquence d'ADN : les allèles.
Gène, allèle, génotype
Un gène est une portion d'ADN, c'est-à-dire une séquence de nucléotides (A, T, C, G), qui porte l'information nécessaire pour fabriquer une molécule, le plus souvent une protéine. Il occupe une place précise sur un chromosome : son locus.
Dans une espèce, un même gène existe souvent sous plusieurs versions légèrement différentes. Ces versions sont les allèles du gène. Ils ont la même place sur le chromosome, mais leur séquence n'est pas identique.
Chez l'être humain, chaque cellule (hors cellules reproductrices) possède deux exemplaires de chaque chromosome, un hérité de chaque parent. Un individu porte donc deux allèles de chaque gène, qui peuvent être identiques ou différents.
Le génotype est l'ensemble des allèles portés par un individu pour un gène. Le phénotype est l'ensemble des caractères observables (couleur des yeux, groupe sanguin, forme d'une protéine…), qui dépend du génotype et parfois du milieu.
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Un individu est homozygote pour un gène s'il porte deux allèles identiques : génotype A//A ou a//a.
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Il est hétérozygote s'il porte deux allèles différents : génotype A//a.
Définir : gène, allèle, mutation. Indiquer si toutes les mutations ont un effet sur le phénotype.
Définir : gène, allèle, mutation. Indiquer si toutes les mutations ont un effet sur le phénotype.
Un individu est hétérozygote pour un gène. Donner la signification de ce terme et écrire un exemple de génotype.
Un individu est hétérozygote pour un gène. Donner la signification de ce terme et écrire un exemple de génotype.
Les mutations, source des allèles
Les allèles naissent de mutations : une mutation est une modification, au hasard, de la séquence de l'ADN. Elle se produit par exemple lors de la copie de l'ADN avant une division cellulaire. Elle crée un nouvel allèle ; si elle touche une cellule reproductrice, elle peut se transmettre aux descendants. Les mutations sont ainsi à l'origine de la diversité génétique, qui se traduit par une variabilité phénotypique au sein d'une population.
On distingue deux grands types de mutations ponctuelles :
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la substitution : une base est remplacée par une autre (T → C par exemple) ;
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la délétion : une ou plusieurs bases disparaissent (l'insertion, qui ajoute des bases, est son contraire).
Quel effet sur la protéine ?
Pour comprendre l'effet d'une mutation, il faut se rappeler comment un gène fabrique une protéine.
Extrait du code génétique utilisé dans cette page :
| Codon | AUG | AAA | GGU, GGA | UCA | GAA | CUG, CUA | UGG | AAC | UGA |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Signification | Met | Lys | Gly | Ser | Glu | Leu | Trp | Asn | arrêt |
Plusieurs codons peuvent donner le même acide aminé (GGU et GGA donnent tous deux Gly). Ce caractère redondant explique pourquoi certaines mutations n'ont aucune conséquence.
| Type de mutation | Effet sur la protéine | Effet sur le phénotype |
|---|---|---|
| Silencieuse | même acide aminé | aucun |
| Faux-sens | un acide aminé est remplacé par un autre | possible (protéine modifiée) |
| Non-sens | un codon devient un codon d'arrêt : protéine tronquée | souvent grave |
| Décalage du cadre de lecture (délétion ou insertion d'un nombre de bases non multiple de 3) | tous les codons situés après la mutation changent | souvent très grave |
Une mutation n'a donc pas toujours d'effet sur le phénotype : elle peut toucher une partie de l'ADN qui ne code pas de protéine, ou être silencieuse.
Comparer les deux séquences : allèle 1 : ATGGCTAAC ; allèle 2 : ATGGCCAAC. Indiquer la position et la nature de la différence.
Comparer les deux séquences : allèle 1 : ATGGCTAAC ; allèle 2 : ATGGCCAAC. Indiquer la position et la nature de la différence.
Séquences du brin codant (brin non transcrit) de l'ADN. Allèle normal : ATG AAA GGT TCA. Allèle muté : ATG AAA GGA TCA. a) Transcrire les deux séquences en ARNm. b)…
Séquences du brin codant (brin non transcrit) de l'ADN. Allèle normal : ATG AAA GGT TCA. Allèle muté : ATG AAA GGA TCA.
- a) Transcrire les deux séquences en ARNm.
- b) Traduire en acides aminés avec le code : AUG = Met, AAA = Lys, GGU et GGA = Gly, UCA = Ser.
- c) Conclure sur la nature de la mutation (silencieuse, faux-sens, non-sens).
La séquence d'un fragment d'ADN codant est : ATG GAA CTG AAA TGG. Une mutation par délétion supprime la première base du deuxième triplet (GAA devient AA). On dispose du…
La séquence d'un fragment d'ADN codant est : ATG GAA CTG AAA TGG. Une mutation par délétion supprime la première base du deuxième triplet (GAA devient AA). On dispose du tableau du code génétique.
- a) Écrire la nouvelle séquence en regroupant en triplets.
- b) Montrer les conséquences sur la protéine (décalage du cadre de lecture).
- c) Comparer avec une substitution d'une seule base et conclure sur la gravité relative.
Fréquence allélique et évolution d'une population
Dans une population, plusieurs allèles d'un même gène coexistent. La fréquence allélique d'un allèle est la proportion de cet allèle parmi tous les exemplaires du gène de la population. Elle est comprise entre 0 et 1 (ou entre 0 % et 100 %), et la somme des fréquences de tous les allèles d'un gène vaut 1.
Cette fréquence change au cours du temps. Trois facteurs agissent :
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la mutation crée de nouveaux allèles, mais elle est rare : à elle seule, elle fait varier la fréquence très lentement ;
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la sélection naturelle : si un allèle donne un avantage dans un milieu (survie, reproduction), les individus qui le portent ont en moyenne plus de descendants et sa fréquence augmente ;
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la dérive génétique : variation due au hasard, d'autant plus forte que la population est petite.
Un exemple : la drépanocytose et le paludisme
Dans le gène de la β-globine (une protéine de l'hémoglobine), une substitution remplace un acide glutamique par une valine : c'est une mutation faux-sens. L'hémoglobine modifiée déforme les globules rouges en faucille chez les personnes homozygotes pour l'allèle muté : ils souffrent de drépanocytose, une maladie grave.
Enchaînement à retenir : mutation de l'ADN → protéine modifiée → globules rouges déformés → phénotype malade.
Pourtant, l'allèle muté est fréquent dans certaines régions d'Afrique où sévit le paludisme. Les personnes hétérozygotes ne sont pas gravement malades et résistent mieux au paludisme grave. Dans ces régions, être hétérozygote est un avantage : la sélection naturelle maintient donc l'allèle muté dans la population, même s'il est désavantageux à l'état homozygote.
Dans une population, l'allèle A a une fréquence de 0,7 et l'allèle a une fréquence de 0,3. L'échantillon compte 500 individus. a) Calculer le nombre d'allèles a présents…
Dans une population, l'allèle A a une fréquence de 0,7 et l'allèle a une fréquence de 0,3. L'échantillon compte 500 individus.
- a) Calculer le nombre d'allèles a présents (chaque individu porte 2 allèles).
- b) Indiquer comment la fréquence de l'allèle a peut évoluer sous l'effet d'une mutation ou de la sélection.
Chez l'humain, la mutation d'une base dans le gène de la β-globine remplace un acide glutamique par une valine (drépanocytose pour les homozygotes). a) Indiquer le type…
Chez l'humain, la mutation d'une base dans le gène de la β-globine remplace un acide glutamique par une valine (drépanocytose pour les homozygotes).
- a) Indiquer le type de mutation.
- b) Expliquer le lien entre la mutation, la protéine et le phénotype.
- c) Expliquer pourquoi l'allèle persiste dans certaines régions où sévit le paludisme.
Comparer des séquences pour estimer une parenté
Les mutations s'accumulent au fil des générations. Plus deux séquences d'ADN sont différentes, plus leur ancêtre commun est en général ancien. On compare donc des séquences d'un même gène chez plusieurs individus ou espèces, à l'aide d'un logiciel d'alignement comme Anagène, que tu utilises en activité pratique : le logiciel superpose les séquences et repère les différences.
Deux calculs :
$$\text{divergence} = \dfrac{\text{nombre de différences}}{\text{nombre de positions comparées}} \times 100 \qquad\qquad \text{similitude} = 100 - \text{divergence}$$Pour construire un arbre de parenté, on regroupe d'abord les deux séquences les plus proches, puis on y rattache progressivement les plus éloignées.
Les limites d'un seul gène
Un seul gène ne suffit pas pour conclure. Il ne donne qu'une petite partie de l'information, et le hasard des mutations peut faire apparaître des différences trompeuses. Un gène peut aussi évoluer plus vite ou plus lentement que d'autres. Le nombre de positions comparées doit donc être important, et l'idéal est de croiser plusieurs gènes et d'autres critères (anatomie, fossiles).
Pourquoi la diversité des allèles est un atout
Une population qui possède beaucoup d'allèles différents a plus de chances de compter des individus adaptés si le milieu change (nouveau climat, nouvel agent pathogène). Ces individus survivent et se reproduisent : la population peut persister. Une population peu diversifiée risque, elle, de disparaître entièrement face à un même changement.
On compare 20 positions d'un même gène chez trois espèces : l'humain et le chimpanzé diffèrent à 1 position, l'humain et le gorille à 3, l'humain et l'orang-outan à 5.…
On compare 20 positions d'un même gène chez trois espèces : l'humain et le chimpanzé diffèrent à 1 position, l'humain et le gorille à 3, l'humain et l'orang-outan à 5.
- a) Calculer le pourcentage de divergence dans chaque comparaison.
- b) Construire un arbre de parenté possible et le justifier.
- c) Expliquer ce que ne permet pas de conclure l'étude d'un seul gène.
Un logiciel d'alignement de séquences donne pour un gène de 900 paires de bases : 12 différences entre un individu A et un individu B, 3 entre A et C, et 11 entre B et…
Un logiciel d'alignement de séquences donne pour un gène de 900 paires de bases : 12 différences entre un individu A et un individu B, 3 entre A et C, et 11 entre B et C.
- a) Calculer le pourcentage de similitude pour chaque paire.
- b) Déterminer quels individus sont les plus apparentés et justifier.
- c) Expliquer pourquoi la diversité des allèles est un atout pour une population face à un changement de milieu.
Retour au début : Emma et Hugo ont les mêmes gènes, mais pas forcément les mêmes allèles. Nés de mutations anciennes et mélangés à chaque génération, ces allèles différents expliquent leurs caractères distincts.
L'essentiel
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Un gène est une portion d'ADN ; ses différentes versions sont les allèles. Un individu porte deux allèles : il est homozygote s'ils sont identiques, hétérozygote s'ils sont différents.
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Une mutation est une modification aléatoire de l'ADN : elle crée de nouveaux allèles. Elle est silencieuse, faux-sens ou non-sens selon son effet sur la protéine ; une délétion qui décale le cadre de lecture est en général plus grave qu'une substitution.
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La fréquence allélique d'un allèle varie sous l'effet des mutations, de la sélection naturelle et de la dérive génétique.
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Comparer des séquences permet de calculer divergence et similitude, donc d'estimer des parentés ; un seul gène ne suffit pas.
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Une grande diversité d'allèles aide une population à faire face à un changement de milieu.