Opinion publique et sondages
« 52 % des Français favorables à telle mesure » : voilà un titre que tu lis souvent à la une d'un journal ou sur les réseaux sociaux. Mais comment peut-on connaître l'avis de 68 millions de personnes en en interrogeant seulement 1 000 ? Et peut-on vraiment s'y fier ? Voyons comment fonctionne un sondage d'opinion, ce que ses chiffres permettent de dire, et ce qu'ils ne disent pas.
Opinion publique et sondage d'opinion
L'opinion publique désigne, dans le langage courant, ce que « pensent les Français » sur un sujet : une réforme, un responsable politique, un problème de société. Les instituts de sondage (Ipsos, Ifop, Elabe, Odoxa…) cherchent à la mesurer.
En science politique, l'opinion publique se définit plus précisément comme l'ensemble des jugements et attitudes exprimés publiquement sur des questions d'intérêt collectif, que les acteurs (médias, partis, gouvernants, instituts) cherchent à saisir et à faire valoir. Ce n'est pas une donnée naturelle : elle est en partie construite par les outils qui la mesurent.
Le sondage remplit trois fonctions : mesurer l'état des opinions à un moment donné, informer les citoyens, les médias et les gouvernants, et parfois influencer les comportements (un candidat donné gagnant peut attirer ou démobiliser des électeurs).
Le principe est le même que pour une soupe : pas besoin d'avaler toute la casserole pour savoir si elle est salée, à condition de l'avoir bien mélangée. Ici, « bien mélanger » veut dire : choisir un échantillon qui ressemble à la population.
Le calcul de base est un pourcentage : la proportion de personnes ayant donné une réponse.
$$\text{pourcentage} = \frac{\text{effectif de la réponse}}{\text{effectif total}} \times 100$$Définir l'opinion publique et expliquer la fonction d'un sondage d'opinion.
Définir l'opinion publique et expliquer la fonction d'un sondage d'opinion.
Un sondage porte sur 1 000 personnes, dont 540 se disent favorables à une mesure. Calculer le pourcentage de personnes favorables.
Un sondage porte sur 1 000 personnes, dont 540 se disent favorables à une mesure. Calculer le pourcentage de personnes favorables.
L'échantillon représentatif
Un échantillon est représentatif quand il reproduit, en petit, les caractéristiques de la population : âge, sexe, profession, région, niveau de diplôme… Il y a deux grandes façons de le constituer.
| Méthode | Principe |
|---|---|
| Échantillon aléatoire | Chaque personne de la population a une chance connue d'être tirée au sort (par exemple par tirage au sort de numéros de téléphone). |
| Méthode des quotas | L'institut fixe des quotas : l'échantillon doit compter autant d'hommes, de femmes, de cadres, d'ouvriers, de retraités… que la population (données de l'INSEE). Les enquêteurs choisissent ensuite les personnes pour remplir ces quotas. |
À l'inverse, un échantillon auto-sélectionné est formé de personnes qui se sont portées volontaires : un sondage en ligne ouvert sur le site d'un journal, un vote sur les réseaux sociaux. Seuls répondent ceux que le sujet intéresse ou qui sont très motivés : l'échantillon est biaisé.
Expliquer ce qu'est un échantillon représentatif et citer une méthode permettant de le constituer (par exemple la méthode des quotas).
Expliquer ce qu'est un échantillon représentatif et citer une méthode permettant de le constituer (par exemple la méthode des quotas).
Un sondage est réalisé uniquement par téléphone fixe un mardi à 11 h. a) Expliquer pourquoi cet échantillon risque de ne pas être représentatif. b) Citer deux catégories…
Un sondage est réalisé uniquement par téléphone fixe un mardi à 11 h.
- a) Expliquer pourquoi cet échantillon risque de ne pas être représentatif.
- b) Citer deux catégories de la population probablement sous-représentées.
- c) Proposer deux améliorations de la méthode.
Un journal publie : « 65 % des Français souhaitent une réforme », d'après un sondage en ligne auquel 2 000 internautes ont répondu volontairement sur son site. a)…
Un journal publie : « 65 % des Français souhaitent une réforme », d'après un sondage en ligne auquel 2 000 internautes ont répondu volontairement sur son site.
- a) Expliquer pourquoi ce résultat ne peut pas être généralisé à l'ensemble des Français.
- b) Distinguer échantillon aléatoire et échantillon auto-sélectionné.
- c) Calculer le nombre de personnes favorables parmi les 2 000 répondants.
Lire un résultat : marge d'erreur et formulation
Même avec un bon échantillon, le hasard joue : un autre échantillon de 1 000 personnes aurait donné un résultat un peu différent. On l'exprime par la marge d'erreur (ou marge d'incertitude), de l'ordre de $\pm\,3$ points pour 1 000 personnes interrogées.
Plus l'échantillon est grand, plus la marge est petite, mais elle ne disparaît jamais. Il faut aussi connaître la formulation de la question : « Êtes-vous favorable à une taxe sur les carburants ? » et « Êtes-vous favorable à une taxe pour financer la transition écologique ? » ne donneront pas les mêmes résultats. L'ordre des questions et les réponses proposées comptent aussi.
De la même façon, une variation entre deux sondages doit être comparée à la marge d'erreur. Si on passe de 42 % à 38 % (écart de 4 points) avec une marge de $\pm\,3$ points sur chaque sondage, les intervalles $[39 \ ; \ 45]$ et $[35 \ ; \ 41]$ se chevauchent entre 39 % et 41 % : on ne peut pas conclure avec certitude à une baisse. En effet, la marge d'erreur d'un écart entre deux sondages est plus grande que celle d'un seul sondage (d'environ $\pm\,4$ points ici) : un écart de 4 points reste donc dans la marge d'incertitude. Le chevauchement des intervalles est un repère simple, pas une règle absolue.
Un institut de sondage interroge 1 000 personnes en France. Le résultat est : 48 % de réponses favorables à un projet de loi. La marge d'erreur est d'environ $\pm\,3$…
Un institut de sondage interroge 1 000 personnes en France. Le résultat est : 48 % de réponses favorables à un projet de loi. La marge d'erreur est d'environ $\pm\,3$ points.
- a) Donner l'intervalle dans lequel se situe vraisemblablement la proportion réelle de personnes favorables dans la population.
- b) Peut-on affirmer qu'une majorité de la population est favorable ? Justifier.
- c) Expliquer pourquoi la formulation d'une question peut influencer les réponses.
Un institut doit évaluer la popularité d'un président. Trois sondages successifs donnent 42 %, 38 % et 40 % sur des échantillons de 1 000 personnes, avec une marge…
Un institut doit évaluer la popularité d'un président. Trois sondages successifs donnent 42 %, 38 % et 40 % sur des échantillons de 1 000 personnes, avec une marge d'erreur de $\pm\,3$ points.
- a) Peut-on conclure à une baisse de popularité entre le premier et le deuxième sondage ? Justifier.
- b) Calculer la moyenne des trois résultats.
- c) Rédiger un court raisonnement (8 à 10 lignes) sur les précautions à prendre dans l'interprétation des variations de sondages.
Non-réponses et critiques des sondages
Dans un sondage, une partie des personnes ne répondent pas (« ne se prononce pas »). On peut alors calculer un pourcentage de deux façons :
-
sur l'ensemble des personnes interrogées ;
-
sur les exprimés, c'est-à-dire seulement les personnes ayant répondu.
Le sociologue Pierre Bourdieu (« L'opinion publique n'existe pas », 1973) formule une critique célèbre. Selon lui, le sondage fabrique un artefact en additionnant des réponses de nature différente. Trois critiques principales :
-
les non-réponses ne sont pas réparties au hasard : elles sont plus fréquentes chez certains groupes (par exemple les personnes peu diplômées sur les sujets politiques) et sont souvent ignorées ;
-
les questions sont imposées par les commanditaires du sondage : on répond à des questions qu'on ne se serait peut-être pas posées ;
-
l'agrégation met sur le même plan des opinions très réfléchies et d'autres improvisées sur le moment, comme si chaque avis avait le même poids.
Cependant, les sondages ont aussi leur utilité : ils donnent la parole à tous (pas seulement aux militants ou aux plus bruyants), permettent de suivre l'évolution des attitudes, et éclairent le débat public. On parle de démocratie d'opinion quand les gouvernants se règlent sur les sondages : cela peut rapprocher les décisions des attentes des citoyens, mais aussi encourager la recherche de popularité à court terme.
Dans un sondage portant sur 1 200 personnes, 30 % ne répondent pas à la question posée. Parmi les 840 qui répondent, 55 % sont favorables à la mesure. a) Calculer le…
Dans un sondage portant sur 1 200 personnes, 30 % ne répondent pas à la question posée. Parmi les 840 qui répondent, 55 % sont favorables à la mesure.
- a) Calculer le nombre de personnes favorables, puis la part des favorables dans l'échantillon total.
- b) Expliquer en quoi le calcul du pourcentage « sur les exprimés » ou « sur l'ensemble » peut modifier l'interprétation des résultats.
- c) Montrer que l'interprétation des non-réponses est un enjeu politique.
Pierre Bourdieu écrivait en 1973 que « l'opinion publique n'existe pas, sous la forme que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence ». a) Expliquer cette…
Pierre Bourdieu écrivait en 1973 que « l'opinion publique n'existe pas, sous la forme que lui prêtent ceux qui ont intérêt à affirmer son existence ».
- a) Expliquer cette thèse en s'appuyant sur trois critiques adressées aux sondages (non-réponses, questions imposées, agrégation d'opinions inégalement formées).
- b) Donner un argument en faveur de l'utilité des sondages dans une démocratie.
- c) Discuter l'expression « démocratie d'opinion ».
Pour revenir à la question du début : on peut connaître l'avis de millions de personnes avec 1 000 réponses, à condition que l'échantillon soit représentatif, que la marge d'erreur soit respectée et que la question soit neutre. Sinon, le chiffre du titre ne signifie pas grand-chose.