Socialisation et liens sociaux
Lucas et Inès sont dans la même classe de première à Lyon. Ils portent les mêmes vêtements, écoutent la même musique, mais ne pensent pas toujours la même chose de l'école, de l'argent ou de l'avenir. D'où viennent nos façons d'agir et de penser ? Et qu'est-ce qui nous tient ensemble malgré nos différences ? La sociologie répond avec deux notions : la socialisation et le lien social.
Socialisation et inégalités : les trajectoires
La famille transmet un capital différent selon le milieu : ressources économiques, mais aussi culturelles (livres, vocabulaire, sorties, habitude des démarches scolaires). Deux enfants de milieux différents n'abordent pas l'école de la même façon.
Le plus souvent, on reste proche de son milieu d'origine. Mais certains parcours s'en éloignent fortement : on parle de trajectoire improbable quand un individu atteint une position sociale très différente de celle que son milieu d'origine laissait prévoir statistiquement (par exemple la fille d'un ouvrier et d'une employée devenue ingénieure). On l'explique par des facteurs de socialisation : parents très investis, enseignant marquant, dispositifs de soutien, rencontres.
Fatou, fille d'un ouvrier et d'une employée de Saint-Denis, devient ingénieure après des études à l'École des Mines. On parle à son sujet de « trajectoire improbable ».…
Fatou, fille d'un ouvrier et d'une employée de Saint-Denis, devient ingénieure après des études à l'École des Mines. On parle à son sujet de « trajectoire improbable ».
- a) Expliquer ce que signifie l'expression « trajectoire improbable » en sociologie.
- b) Proposer deux facteurs de socialisation (familiaux, scolaires ou autres) pouvant expliquer cette trajectoire.
- c) Discuter l'affirmation : « Les trajectoires improbables montrent que la socialisation ne détermine pas entièrement les destinées individuelles. »
Deux enfants nés la même année, l'un dans une famille de cadres à Paris, l'autre dans une famille d'ouvriers à Maubeuge, fréquentent la même classe de première. a)…
Deux enfants nés la même année, l'un dans une famille de cadres à Paris, l'autre dans une famille d'ouvriers à Maubeuge, fréquentent la même classe de première.
- a) Expliquer deux mécanismes par lesquels la socialisation familiale peut produire des différences de réussite scolaire entre ces élèves.
- b) Expliquer pourquoi la socialisation par l'école peut à la fois réduire et reproduire ces inégalités.
- c) Rédiger un court raisonnement (8 à 10 lignes) répondant à la question : « La socialisation produit-elle de la conformité ou de la diversité ? »
Le lien social et les deux formes de solidarité
Le lien social désigne l'ensemble des liens (affectifs, économiques, civiques) qui unissent les individus entre eux et les rattachent à la société. Émile Durkheim se demande : pourquoi la société tient-elle, alors que chacun est différent ?
| Solidarité mécanique | Solidarité organique | |
|---|---|---|
| Société | traditionnelle (village agricole) | industrielle moderne |
| Division du travail | faible : tous font à peu près la même chose | forte : métiers spécialisés |
| Ce qui lie | la ressemblance (mêmes croyances, mêmes valeurs) | la complémentarité (interdépendance) |
| Conscience collective | très forte | plus faible, plus d'individualisme |
La solidarité organique ne signifie donc pas la disparition du lien social, mais sa transformation : on est lié par ce que les autres font pour nous, plus que par ce que nous partageons. Elle n'est cependant pas sans risque : avec l'individualisation (chacun construit son parcours), des liens peuvent s'affaiblir. Exemples : la famille (hausse des séparations, éloignement géographique) ou le voisinage (on connaît moins ses voisins en ville).
Expliquer la différence entre la solidarité mécanique et la solidarité organique selon Émile Durkheim. Associer chacune à un type de société (société traditionnelle ou…
Expliquer la différence entre la solidarité mécanique et la solidarité organique selon Émile Durkheim. Associer chacune à un type de société (société traditionnelle ou société industrielle moderne).
Un sociologue affirme : « Dans les sociétés modernes, la solidarité organique ne signifie pas la disparition du lien social, mais sa transformation. » a) Rappeler le…
Un sociologue affirme : « Dans les sociétés modernes, la solidarité organique ne signifie pas la disparition du lien social, mais sa transformation. »
- a) Rappeler le principe de la division du travail social chez Durkheim.
- b) Expliquer en quoi l'interdépendance des individus fonde la solidarité organique.
- c) Montrer que l'individualisation croissante des sociétés peut cependant fragiliser certains liens (famille, voisinage, travail), en s'appuyant sur deux exemples.
Les types de liens, le travail et le numérique
On distingue plusieurs liens sociaux (classification de Serge Paugam).
| Lien | Exemple pour un lycéen |
|---|---|
| Filiation | ses parents, ses grands-parents |
| Participation élective | ses amis, son club de handball |
| Participation organique | le lien professionnel (job d'été, stage) |
| Citoyenneté | le droit de vote à 18 ans, le fait d'appartenir à la nation |
Attention au vocabulaire : chez Paugam, la « participation organique » désigne le lien professionnel (le travail, qui rend les individus complémentaires). Ne la confonds pas avec la « solidarité organique » de Durkheim, qui décrit l'interdépendance dans les sociétés modernes.
L'emploi, source d'intégration (et la précarité)
L'emploi donne un revenu, un statut, un réseau de collègues et une identité. Il est le principal lien professionnel. La précarité (chômage durable, contrats courts) fragilise l'intégration : moins de revenus donc moins de sorties, moins de collègues, parfois repli sur soi, honte, tensions familiales. Une association de quartier (repas partagés par exemple) peut recréer du lien électif, de la reconnaissance et un réseau d'entraide.
Les sociabilités numériques
Les réseaux sociaux prolongent souvent les liens existants : on y retrouve surtout des amis connus hors ligne.
Citer trois types de liens sociaux (par exemple liens de filiation, liens électifs, liens de citoyenneté, liens professionnels) et donner pour chacun un exemple concret…
Citer trois types de liens sociaux (par exemple liens de filiation, liens électifs, liens de citoyenneté, liens professionnels) et donner pour chacun un exemple concret tiré de la vie d'un lycéen de Lyon.
Une enquête menée auprès de 1 000 lycéens français indique que 78 % utilisent un réseau social tous les jours et que 62 % de ces utilisateurs quotidiens disent y…
Une enquête menée auprès de 1 000 lycéens français indique que 78 % utilisent un réseau social tous les jours et que 62 % de ces utilisateurs quotidiens disent y échanger surtout avec des amis qu'ils côtoient aussi en dehors de l'écran.
- a) Calculer le nombre de lycéens utilisant un réseau social tous les jours, puis le nombre (arrondi à l'unité) de ceux qui y échangent surtout avec des amis rencontrés hors ligne.
- b) Expliquer en quoi les sociabilités numériques prolongent ou transforment les liens sociaux existants.
- c) Citer un risque que ces sociabilités peuvent faire peser sur le lien social.
Dans une commune de 20 000 habitants, une association de quartier organise des repas partagés. Un habitant, Karim, au chômage depuis deux ans, y participe depuis peu. a)…
Dans une commune de 20 000 habitants, une association de quartier organise des repas partagés. Un habitant, Karim, au chômage depuis deux ans, y participe depuis peu.
- a) Expliquer comment l'emploi contribue à l'intégration sociale par le lien professionnel.
- b) Montrer comment la précarité de Karim peut fragiliser ses liens sociaux.
- c) Expliquer en quoi l'association peut contribuer à renforcer son intégration.
Retour au début : Lucas et Inès ont appris leurs manières d'agir auprès de leur famille, de l'école, de leurs amis et des médias (socialisation), et ils restent liés aux autres par des liens de filiation, électifs, professionnels et de citoyenneté, ainsi que par l'interdépendance propre à nos sociétés.
La socialisation : apprendre à vivre en société
Un bébé ne naît ni poli, ni lecteur, ni supporter de l'OL. Il l'apprend, au contact des autres. C'est ce processus qu'on appelle socialisation.
On distingue deux grandes étapes.
La socialisation primaire : celle de l'enfance. Elle transmet les bases (langage, politesse, rapport au corps, goûts). Elle se fait surtout dans la famille, puis à l'école maternelle et primaire.
La socialisation secondaire : celle de l'adolescence et de l'âge adulte. Elle ajoute de nouveaux apprentissages (métier, vie de couple, engagement associatif) et peut compléter ou corriger la première.
Les personnes et institutions qui transmettent ces normes sont les agents de socialisation.
La socialisation n'est pas toujours homogène : les agents peuvent transmettre des normes différentes, voire contradictoires. Un élève peut entendre à la maison « le travail scolaire passe avant tout » et, avec ses amis, « il ne faut pas faire le malin en classe ». La personne doit alors composer. La configuration familiale (famille monoparentale, recomposée, nombre de frères et sœurs, métier des parents) joue aussi : le temps disponible, les ressources et les modèles ne sont pas les mêmes.
Définir la socialisation primaire et la socialisation secondaire. Donner pour chacune un exemple d'agent de socialisation (famille, école, groupe de pairs, médias,…
Définir la socialisation primaire et la socialisation secondaire. Donner pour chacune un exemple d'agent de socialisation (famille, école, groupe de pairs, médias, milieu professionnel).
Camille, 16 ans, grandit à Roubaix dans une famille monoparentale. Sa mère, aide-soignante, lui transmet le goût de la lecture, mais Camille passe aussi beaucoup de…
Camille, 16 ans, grandit à Roubaix dans une famille monoparentale. Sa mère, aide-soignante, lui transmet le goût de la lecture, mais Camille passe aussi beaucoup de temps avec ses amis du quartier.