Démarche sociologique et accès aux formations
Dans ta classe de seconde, certains élèves envisagent déjà de faire une classe préparatoire, d'autres jamais. Est-ce une question de notes, de goût, ou de milieu social ? Pour répondre sans se fier à des impressions, les sociologues mènent des enquêtes. Dans cette page, tu vas voir comment ils s'y prennent et comment lire leurs résultats.
Trois disciplines, trois questions
Les sciences sociales étudient les sociétés avec une démarche scientifique. Chaque discipline a sa question de base :
-
l'économie : « Qu'est-ce qu'une allocation efficace des ressources rares ? » ;
-
la sociologie : « Comment fait-on société ? Comment explique-t-on les comportements sociaux ? » ;
-
la science politique : « Comment se conquiert et s'exerce le pouvoir politique ? ».
Un même thème peut être regardé par les trois (on parle de regards croisés). Prenons les études supérieures :
| Discipline | Question possible |
|---|---|
| Économie | Un diplôme est-il un investissement rentable ? |
| Sociologie | Pourquoi les enfants d'ouvriers font-ils moins souvent des études longues ? |
| Science politique | Quelle politique d'éducation les gouvernements choisissent-ils ? |
Distinguer la sociologie, la science politique et l'économie en indiquant, pour chaque discipline, un objet d'étude ou une question typique.
Distinguer la sociologie, la science politique et l'économie en indiquant, pour chaque discipline, un objet d'étude ou une question typique.
La démarche et les outils d'enquête
Le sociologue ne raconte pas ce qu'il pense : il suit des étapes.
-
une question (ex. : le milieu social influence-t-il l'orientation ?) ;
-
des hypothèses (ex. : les parents cadres informent mieux leurs enfants) ;
-
une enquête ou un modèle ;
-
la confrontation aux faits ;
-
une conclusion, toujours nuancée.
Trois outils classiques :
| Outil | Principe | Avantage | Limite |
|---|---|---|---|
| Questionnaire | mêmes questions posées à beaucoup de personnes | permet de chiffrer et de comparer | réponses peu détaillées |
| Entretien | conversation approfondie avec quelques personnes | comprend les raisons et le vécu | peu de personnes, difficile à généraliser |
| Observation | le chercheur regarde les pratiques sur place | voit ce que les gens font et pas seulement ce qu'ils disent | longue, limitée à un lieu |
Un échantillon représentatif
On interroge rarement toute la population : on interroge un échantillon. Il doit ressembler à la population étudiée (même répartition de milieux sociaux, de genres, de lieux). Sinon il est biaisé.
Pour obtenir un échantillon plus représentatif, on tire au sort ou on respecte des quotas (par exemple la part réelle de chaque catégorie sociale, de chaque type de lycée, de garçons et de filles).
Citer deux outils d'enquête utilisés par les sociologues (par exemple : questionnaire, entretien, observation) et préciser un avantage de chacun.
Citer deux outils d'enquête utilisés par les sociologues (par exemple : questionnaire, entretien, observation) et préciser un avantage de chacun.
Un sociologue souhaite mesurer l'effet du milieu social sur la réussite au bac. Il dispose d'un échantillon de 500 élèves, mais interroge uniquement ceux d'un lycée de…
Un sociologue souhaite mesurer l'effet du milieu social sur la réussite au bac. Il dispose d'un échantillon de 500 élèves, mais interroge uniquement ceux d'un lycée de centre-ville.
- a) Expliquer pourquoi l'échantillon est biaisé.
- b) Indiquer comment constituer un échantillon plus représentatif.
- c) Distinguer corrélation et causalité à partir de cet exemple.
Lire des résultats : parts, écarts et causalité
Calculer une part
Une part (ou proportion) se calcule ainsi :
$$\text{part} = \frac{\text{effectif concerné}}{\text{effectif total du groupe}} \times 100$$Tableau à double entrée
Un tableau à double entrée croise deux variables. Exemple (100 élèves, genre × filière scientifique) :
| Filière scientifique | Autre | Total | |
|---|---|---|---|
| Filles | 36 | 24 | 60 |
| Garçons | 28 | 12 | 40 |
| Total | 64 | 36 | 100 |
Parts : filles $36/60 = 60\,\%$ ; garçons $28/40 = 70\,\%$. Attention à calculer la part dans chaque groupe (par ligne), et non par rapport au total.
Corrélation et causalité
Il y a corrélation quand deux phénomènes varient ensemble. Il y a causalité quand l'un produit l'autre. Pour passer de l'une à l'autre, on cherche un facteur tiers (par exemple le milieu social, qui peut influencer à la fois le choix de filière et les notes) et on compare des groupes « toutes choses égales par ailleurs ». Un tableau seul ne prouve donc pas une cause.
Dans une classe de 30 élèves, 12 ont un parent cadre et 18 n'en ont pas. Parmi ceux dont un parent est cadre, 9 envisagent des études supérieures longues ; parmi les…
Dans une classe de 30 élèves, 12 ont un parent cadre et 18 n'en ont pas. Parmi ceux dont un parent est cadre, 9 envisagent des études supérieures longues ; parmi les autres, 6.
- a) Calculer la part d'élèves envisageant des études longues dans chaque groupe.
- b) Calculer l'écart entre les deux parts.
- c) Rédiger une phrase de lecture.
Un lycée de Toulouse mène un questionnaire sur l'orientation. Les réponses de 100 élèves sont : filles 60, garçons 40 ; parmi les filles 36 choisissent une filière…
Un lycée de Toulouse mène un questionnaire sur l'orientation. Les réponses de 100 élèves sont : filles 60, garçons 40 ; parmi les filles 36 choisissent une filière scientifique, parmi les garçons 28.
- a) Construire un tableau à double entrée (genre × choix scientifique ou non).
- b) Calculer la part de chaque genre choisissant une filière scientifique.
- c) Dire si le tableau suffit à conclure que les filles sont moins attirées par les sciences. Justifier.
Pourquoi l'accès aux formations est socialement différencié
L'école est gratuite et ouverte à tous, pourtant les chances d'accéder aux formations longues dépendent du milieu social. Exemple fictif : 85 % des enfants de cadres obtiennent le bac général ou technologique sans redoubler, contre 55 % des enfants d'ouvriers (écart de 30 points).
Plusieurs mécanismes expliquent cela :
-
le capital culturel : livres, sorties, langage proche de celui de l'école, aide aux devoirs ;
-
l'information sur l'orientation : connaître les filières, les procédures, les « bons » choix ;
-
les ressources financières : logement étudiant, frais, possibilité de ne pas travailler pendant les études ;
-
l'autocensure : des élèves à bon niveau ne se sentent pas « légitimes » pour viser une filière sélective (classe préparatoire, par exemple) et ne postulent pas.
C'est ainsi que les inégalités se reproduisent malgré la gratuité : les obstacles ne sont pas seulement financiers.
Un diplôme, un investissement
Poursuivre ses études est un investissement en capital humain : on paie un coût aujourd'hui (frais, salaire auquel on renonce) pour en tirer des bénéfices plus tard. Sa rentabilité s'apprécie par le salaire espéré, l'accès à l'emploi et la réalisation de ses capabilités (pouvoir mener la vie que l'on souhaite : métier choisi, autonomie).
Une étude fictive montre que, parmi les enfants de cadres, 85 % obtiennent le baccalauréat général ou technologique sans redoubler, contre 55 % des enfants d'ouvriers.…
Une étude fictive montre que, parmi les enfants de cadres, 85 % obtiennent le baccalauréat général ou technologique sans redoubler, contre 55 % des enfants d'ouvriers.
- a) Calculer l'écart en points de pourcentage et le rapport entre les deux taux.
- b) Expliquer deux mécanismes qui peuvent rendre l'accès aux formations socialement différencié (capital culturel, informations sur l'orientation, ressources financières).
- c) Expliquer ce que l'on entend par « rentabilité d'un diplôme ».
Un étudiant dépense 4 000 € de frais par an pendant 3 ans pour une licence professionnelle, et renonce à un salaire annuel de 14 000 € pendant ces 3 ans. Le diplôme lui…
Un étudiant dépense 4 000 € de frais par an pendant 3 ans pour une licence professionnelle, et renonce à un salaire annuel de 14 000 € pendant ces 3 ans. Le diplôme lui permet ensuite de gagner 3 000 € de plus par an qu'avec le seul baccalauréat.
- a) Calculer le coût total des études (frais plus salaire auquel il renonce).
- b) Calculer le nombre d'années nécessaires pour rentabiliser cet investissement.
- c) Citer deux avantages non monétaires d'un diplôme.
Dans une enquête, 40 % des enfants d'ouvriers disent ne pas se sentir légitimes pour entrer en classe préparatoire, contre 10 % des enfants de cadres, alors que leurs…
Dans une enquête, 40 % des enfants d'ouvriers disent ne pas se sentir légitimes pour entrer en classe préparatoire, contre 10 % des enfants de cadres, alors que leurs notes sont équivalentes.
- a) Expliquer ce phénomène d'autocensure.
- b) Montrer comment il peut renforcer les inégalités scolaires malgré la gratuité de l'école.
- c) Proposer deux dispositifs publics qui pourraient réduire cette autocensure et discuter leurs limites.
Deux jeunes de même âge : Hugo finit ses études à 18 ans avec le bac et gagne 1 400 € nets par mois dès 19 ans. Zoé poursuit cinq ans d'études jusqu'à 23 ans, sans…
Deux jeunes de même âge : Hugo finit ses études à 18 ans avec le bac et gagne 1 400 € nets par mois dès 19 ans. Zoé poursuit cinq ans d'études jusqu'à 23 ans, sans revenu, puis gagne 2 100 € nets par mois.
- a) Calculer l'écart de revenu mensuel et annuel à partir de 23 ans.
- b) Calculer le revenu cumulé de Hugo entre 19 et 23 ans et le nombre d'années de travail de Zoé nécessaires pour le rattraper, en ne comptant que l'écart de revenu.
- c) Discuter les limites de ce calcul en pensant au chômage, à l'évolution des salaires et aux frais d'études.
Pour répondre à la question du début : les notes ne suffisent pas, le milieu social joue aussi sur les projets d'études, par l'information, la confiance et les moyens disponibles.
L'essentiel
-
La sociologie répond à la question : « Comment fait-on société ? Comment explique-t-on les comportements sociaux ? » ; l'économie et la science politique ont leurs propres questions de base.
-
Démarche : question, hypothèses, enquête ou modèle, confrontation aux faits, conclusion.
-
Outils : questionnaire (chiffrer), entretien (comprendre), observation (voir les pratiques). L'échantillon doit être représentatif, sinon il est biaisé.
-
Une part se calcule dans chaque groupe ; l'écart se donne en points de pourcentage ; corrélation n'est pas causalité.
-
L'accès aux formations est socialement différencié (capital culturel, information, ressources, autocensure) ; un diplôme est un investissement en capital humain dont on évalue la rentabilité.