Parenté, datation et évolution des hominidés
Dans la vallée de l'Omo ou à Hadar, en Afrique de l'Est, des paléontologues exhument des os vieux de plusieurs millions d'années. Deux questions se posent aussitôt : de qui ces fossiles sont-ils les cousins ? et quel âge ont-ils ? Pour y répondre, on utilise des tableaux de différences entre séquences d'ADN, des pourcentages et la décroissance radioactive. Tu vas apprendre à manier ces outils.
Mesurer une parenté
Plus deux espèces ont un ancêtre commun récent, moins leurs ADN ont eu le temps de diverger : elles accumulent peu de différences. On compare donc la même séquence (le même gène) chez plusieurs espèces et on compte les différences.
Pour l'humain et le chimpanzé, les séquences comparables sont identiques à environ $98{,}8\,\%$. Le pourcentage de différence est $100 - 98{,}8 = 1{,}2\,\%$.
Les nœuds de l'arbre représentent des ancêtres communs hypothétiques. Une parenté se lit à partir des ancêtres communs, pas de la ressemblance d'aspect.
Le génome de l'être humain et celui du chimpanzé sont identiques à environ $98{,}8\ \%$ pour les séquences comparables. a) Calculer le pourcentage de différence. b) Pour…
Le génome de l'être humain et celui du chimpanzé sont identiques à environ $98{,}8\ \%$ pour les séquences comparables.
- a) Calculer le pourcentage de différence.
- b) Pour une séquence de $3\times10^9$ paires de bases, calculer le nombre de différences attendues.
- c) Expliquer ce que ce résultat indique sur la parenté.
Le tableau donne le nombre de différences entre séquences d'un même gène : humain–chimpanzé : $12$ ; humain–gorille : $18$ ; humain–orang-outan : $30$ ;…
Le tableau donne le nombre de différences entre séquences d'un même gène : humain–chimpanzé : $12$ ; humain–gorille : $18$ ; humain–orang-outan : $30$ ; chimpanzé–gorille : $19$.
- a) Déterminer quelle espèce est la plus proche de l'humain.
- b) Construire l'arbre de parenté correspondant en le décrivant avec des mots.
- c) Vérifier la cohérence avec la donnée chimpanzé–gorille.
Les fossiles : des caractères qui évoluent
On compare aussi des caractères observables sur les fossiles : capacité crânienne, forme du bassin, dents. Pour mesurer une évolution, on calcule un pourcentage d'augmentation :
$$\text{augmentation en \%} = \frac{\text{valeur finale} - \text{valeur initiale}}{\text{valeur initiale}} \times 100$$Pourquoi connaît-on si peu de fossiles ? Pour fossiliser, un os doit être recouvert rapidement par des sédiments, puis rester préservé et être découvert. Ces conditions sont rares : une espèce n'est connue que par quelques individus, alors qu'elle en a compté des milliers.
La capacité crânienne est de $400\ \text{cm}^3$ chez un australopithèque, $900\ \text{cm}^3$ chez Homo erectus* et $1\,350\ \text{cm}^3$ chez Homo sapiens*. a) Calculer…
La capacité crânienne est de $400\ \text{cm}^3$ chez un australopithèque, $900\ \text{cm}^3$ chez Homo erectus et $1\,350\ \text{cm}^3$ chez Homo sapiens.
- a) Calculer l'augmentation en pourcentage entre l'australopithèque et Homo erectus.
- b) Calculer l'augmentation en pourcentage entre Homo erectus et Homo sapiens.
- c) Expliquer pourquoi la capacité crânienne seule ne suffit pas à définir le genre Homo.
Une espèce du genre Homo* a vécu entre $1{,}9$ et $0{,}1$ million d'années avant le présent. a) Calculer la durée d'existence de l'espèce en années. b) Si la population…
Une espèce du genre Homo a vécu entre $1{,}9$ et $0{,}1$ million d'années avant le présent.
- a) Calculer la durée d'existence de l'espèce en années.
- b) Si la population moyenne était de $10\,000$ individus avec une génération de $25$ ans, calculer le nombre approximatif de générations.
- c) Expliquer pourquoi une espèce fossile n'est connue que par un nombre limité de fossiles.
Dater avec la radioactivité
Certains noyaux sont radioactifs : ils se désintègrent au hasard, mais avec une régularité statistique. La demi-vie $T$ est la durée au bout de laquelle la moitié des noyaux présents s'est désintégrée.
Choisir la bonne méthode. On ne peut mesurer qu'une fraction restante assez grande. Le $^{14}\text{C}$ ($T = 5\,730$ ans) ne sert que jusqu'à environ $50\,000$ ans : au-delà, il n'en reste presque plus. Pour des fossiles de plusieurs millions d'années, il faut un noyau de demi-vie beaucoup plus longue.
Le potassium-argon utilise la désintégration du $^{40}\text{K}$ en argon, de demi-vie $1{,}25$ milliard d'années. Il date des roches volcaniques (cendres, laves) qui encadrent les fossiles : les couches de cendres sous et au-dessus d'un fossile donnent un âge minimum et un âge maximum. C'est ce qui permet de dater les hominidés d'Afrique de l'Est, région volcanique du Rift.
Le carbone 14 a une demi-vie de $5\,730$ ans. Un os d'un site préhistorique contient $12{,}5\ \%$ du carbone 14 initial. a) Déterminer le nombre de demi-vies écoulées.…
Le carbone 14 a une demi-vie de $5\,730$ ans. Un os d'un site préhistorique contient $12{,}5\ \%$ du carbone 14 initial.
- a) Déterminer le nombre de demi-vies écoulées.
- b) Calculer l'âge de l'os.
- c) Expliquer pourquoi cette méthode est inadaptée pour des fossiles de plusieurs millions d'années.
La méthode potassium-argon utilise la désintégration du $^{40}\text{K}$ (demi-vie $1{,}25$ milliard d'années). Une roche volcanique contient une fraction $f$ de…
La méthode potassium-argon utilise la désintégration du $^{40}\text{K}$ (demi-vie $1{,}25$ milliard d'années). Une roche volcanique contient une fraction $f$ de $^{40}\text{K}$ restant telle que $f=0{,}9988$ par rapport à l'initial.
- a) Écrire la loi $f=\left(\dfrac12\right)^{t/T}$ et exprimer $t$.
- b) Calculer l'âge $t$ de la roche, en années (arrondi au millier).
- c) Expliquer pourquoi cette méthode convient à la datation des couches encadrant des fossiles d'hominidés d'Afrique de l'Est.
L'horloge moléculaire
Les mutations s'accumulent dans l'ADN à un rythme à peu près régulier. Si on connaît le taux de mutation $\mu$ (substitutions par site et par an), le nombre de différences entre deux espèces sert d'horloge pour estimer la date de leur séparation.
Pour passer des années aux générations, on divise par la durée d'une génération. Par exemple, $7$ millions d'années s'écrivent $7\times10^6$ ans, soit $\dfrac{7\times10^6}{25} = 280\,000$ générations de 25 ans.
Les données de cet exemple sont simplifiées : les $5$ millions d'années obtenus ne sont pas une estimation réelle de la séparation humain–chimpanzé, estimée à environ $7$ millions d'années. Un tel écart illustre les limites de l'horloge : le taux de mutation n'est pas toujours constant (il dépend des espèces, de la durée des générations, des régions du génome), la sélection naturelle modifie certaines séquences, et plusieurs mutations peuvent frapper le même site. L'horloge moléculaire donne un ordre de grandeur, à confronter aux fossiles.
La lignée humaine et celle du chimpanzé se sont séparées il y a environ $7$ millions d'années. a) Convertir cette durée en années en notation scientifique. b) Si une…
La lignée humaine et celle du chimpanzé se sont séparées il y a environ $7$ millions d'années.
- a) Convertir cette durée en années en notation scientifique.
- b) Si une génération dure $25$ ans, calculer le nombre de générations depuis la séparation.
Avec une horloge moléculaire, le taux de mutation est de $1{,}2\times10^{-9}$ substitution par site et par an et par lignée. Deux espèces se sont séparées il y a $t$…
Avec une horloge moléculaire, le taux de mutation est de $1{,}2\times10^{-9}$ substitution par site et par an et par lignée. Deux espèces se sont séparées il y a $t$ années. Elles diffèrent à $1{,}2\ \%$ de leurs sites.
- a) Exprimer la divergence $d$ en fonction de $t$ en tenant compte des deux lignées.
- b) Calculer $t$.
- c) Discuter les hypothèses de l'horloge moléculaire et leurs limites.
- d) Comparer avec la séparation homme–chimpanzé estimée à $7$ millions d'années.
Néandertal et la notion d'espèce
L'analyse de l'ADN fossile a montré que les Européens actuels portent en moyenne environ $2\,\%$ d'ADN hérité de Néandertal : des métissages ont eu lieu il y a environ $50\,000$ ans. Avec des générations de $25$ ans, cela fait $\dfrac{50\,000}{25} = 2\,000$ générations.
Recombinaison. À chaque génération, la méiose découpe les chromosomes et les recombine : les segments néandertaliens deviennent de plus en plus courts, mais leur proportion totale dans la population ne change pas par ce seul mécanisme, car la recombinaison ne supprime pas de l'ADN, elle le redistribue.
Zones sans ADN néandertalien. Certaines régions du génome humain n'en contiennent aucun : la sélection naturelle a probablement éliminé des variants désavantageux (par exemple liés à la fertilité ou au fonctionnement du cerveau).
Conséquence. Si deux populations peuvent encore se reproduire et avoir des descendants féconds, la définition de l'espèce par l'interfécondité devient floue. L'espèce est un concept commode, mais les frontières entre espèces proches sont graduelles.
Fréquences alléliques. Évoluer, c'est changer les fréquences alléliques d'une population. Un allèle néandertalien peut voir sa fréquence augmenter par sélection naturelle s'il est avantageux, ou varier au hasard par dérive génétique, surtout dans une petite population.
Exemple numérique : si un allèle néandertalien a une fréquence de $0{,}020$ et que la sélection la réduit de $10\,\%$ à chaque génération, elle vaut $0{,}020 \times 0{,}9 = 0{,}018$ à la génération suivante, puis $0{,}020 \times 0{,}9^2 = 0{,}016\,2$.
Des Européens actuels possèdent en moyenne $2\ \%$ d'ADN hérité de Néandertal. On suppose que le métissage a eu lieu il y a environ $50\,000$ ans, avec une génération de…
Des Européens actuels possèdent en moyenne $2\ \%$ d'ADN hérité de Néandertal. On suppose que le métissage a eu lieu il y a environ $50\,000$ ans, avec une génération de $25$ ans.
- a) Calculer le nombre de générations écoulées.
- b) Si la proportion d'ADN néandertalien restait constante en l'absence de sélection, expliquer pourquoi elle ne diminue pas par recombinaison seule, alors que les segments, eux, raccourcissent.
- c) Citer une raison pour laquelle certaines régions du génome sont dépourvues d'ADN néandertalien.
- d) Expliquer ce que cela implique sur la définition d'espèce.
L'essentiel
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Moins deux séquences d'ADN ont de différences, plus les espèces sont proches : on construit un arbre en regroupant d'abord les plus proches.
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Un pourcentage d'augmentation se calcule par $\dfrac{\text{finale}-\text{initiale}}{\text{initiale}}\times100$ ; un seul caractère (capacité crânienne) ne définit pas un genre.
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Les fossiles sont rares : une espèce est connue par très peu d'individus.
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Décroissance radioactive : $f=\left(\dfrac12\right)^{t/T}$ ; $^{14}\text{C}$ jusqu'à environ $50\,000$ ans, $^{40}\text{K}$ pour les roches volcaniques de plusieurs millions d'années.
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Horloge moléculaire : $d = 2\mu t$, donc $t = \dfrac{d}{2\mu}$ ; elle donne un ordre de grandeur, avec des limites.
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Le métissage avec Néandertal montre que les frontières entre espèces sont graduelles.
Retour au début : on date les fossiles en encadrant leur couche par des roches volcaniques datées au potassium-argon, et on précise leur parenté en comparant leur ADN ou leurs caractères.