Maladies génétiques et conseil génétique
En France, environ 1 nouveau-né sur 2 500 naît atteint de mucoviscidose, alors que ses deux parents sont le plus souvent en bonne santé. Comment deux personnes saines peuvent-elles avoir un enfant malade ? Et peut-on calculer ce risque avant la naissance ? C'est ce que permet le conseil génétique.
Allèles, génotypes et phénotypes
Une mutation de l'ADN crée un nouvel allèle d'un gène. Pour un gène autosomique (porté par un chromosome non sexuel), chaque personne possède deux allèles : un hérité de sa mère, un de son père.
Quand l'allèle muté est récessif, il ne s'exprime dans le phénotype que si les deux allèles sont mutés. On note $M$ l'allèle dominant (normal) et $m$ l'allèle récessif (muté). Le phénotype s'écrit entre crochets, le génotype avec $//$.
| Génotype | Phénotype | Vocabulaire |
|---|---|---|
| $M//M$ | [sain] | homozygote |
| $M//m$ | [sain] | hétérozygote, « porteur sain » |
| $m//m$ | [malade] | homozygote |
Une maladie est due à un allèle récessif $m$ d'un gène autosomique. L'allèle dominant est noté $M$. a) Donner les génotypes possibles d'une personne saine et celui d'une…
Une maladie est due à un allèle récessif $m$ d'un gène autosomique. L'allèle dominant est noté $M$.
- a) Donner les génotypes possibles d'une personne saine et celui d'une personne malade.
- b) Définir le terme « hétérozygote porteur sain ».
Lire un arbre généalogique
Dans un arbre généalogique, les carrés représentent les hommes, les ronds les femmes ; les symboles pleins sont les personnes malades. Les générations sont notées I, II, III et les individus numérotés.
Méthode : montrer qu'un allèle est récessif. Si deux parents sains ont un enfant malade, alors l'allèle responsable est récessif. En effet, si l'allèle muté était dominant, l'enfant malade l'aurait reçu d'un de ses parents, qui serait alors malade lui aussi.
Dans un arbre généalogique, deux parents sains ont une fille malade. a) Montrer que cette information permet d'affirmer que l'allèle responsable est récessif. b)…
Dans un arbre généalogique, deux parents sains ont une fille malade.
- a) Montrer que cette information permet d'affirmer que l'allèle responsable est récessif.
- b) Indiquer le génotype de chacun des parents.
On étudie une famille de Bretagne. La génération I comprend un couple sain (I1, I2). Leurs enfants sont : II1 (malade), II2 (sain) et II3 (saine). II3 épouse un homme…
On étudie une famille de Bretagne. La génération I comprend un couple sain (I1, I2). Leurs enfants sont : II1 (malade), II2 (sain) et II3 (saine). II3 épouse un homme sain, sans antécédent familial, de génotype $MM$. On suppose la maladie autosomique récessive.
- a) Donner le génotype de II1 et ceux de I1 et I2.
- b) Calculer la probabilité que II3 soit hétérozygote.
- c) Calculer la probabilité que leur enfant soit hétérozygote porteur sain.
Calculer un risque avec l'échiquier de croisement
Chaque parent produit des gamètes qui contiennent un seul des deux allèles, avec la même probabilité. L'échiquier de croisement (ou échiquier de Punnett) croise tous les gamètes possibles.
Pour deux parents $M//m$ :
| $M$ (½) | $m$ (½) | |
|---|---|---|
| $M$ (½) | $M//M$ | $M//m$ |
| $m$ (½) | $M//m$ | $m//m$ |
Chaque case a une probabilité de $\dfrac{1}{4}$. On obtient :
-
$P(M//M) = \dfrac{1}{4}$ ;
-
$P(M//m) = \dfrac{1}{2}$ ;
-
$P(m//m) = \dfrac{1}{4}$ : le risque d'enfant malade.
Cas d'un individu sain dont le génotype est incertain. Louise est saine, ses parents sont $M//m$. On sait qu'elle n'est pas $m//m$ : on se restreint donc aux 3 cas sains de l'échiquier, dont 2 sont hétérozygotes.
$$P(\text{Louise } M//m) = \dfrac{2}{3}$$Deux parents sains, tous deux hétérozygotes $Mm$ pour un gène autosomique, ont un enfant. a) Construire l'échiquier de croisement des gamètes. b) En déduire la…
Deux parents sains, tous deux hétérozygotes $Mm$ pour un gène autosomique, ont un enfant.
- a) Construire l'échiquier de croisement des gamètes.
- b) En déduire la probabilité que l'enfant soit malade ($mm$).
La mucoviscidose est une maladie autosomique récessive due à des mutations du gène CFTR. Louise est saine, mais son frère est atteint. Leurs parents sont sains. a)…
La mucoviscidose est une maladie autosomique récessive due à des mutations du gène CFTR. Louise est saine, mais son frère est atteint. Leurs parents sont sains.
- a) Donner les génotypes des parents.
- b) Calculer la probabilité que Louise soit hétérozygote.
- c) Louise a pour conjoint un homme sain dont la famille ne compte aucun cas connu. On suppose que la probabilité qu'il soit hétérozygote est de $\dfrac{1}{25}$. Calculer la probabilité que leur premier enfant soit atteint.
La mucoviscidose : diversité des allèles et conseil génétique
La mucoviscidose est une maladie autosomique récessive due à des mutations du gène CFTR, porté par le chromosome 7. Ce gène code une protéine qui contrôle le passage des ions chlorure à travers la membrane des cellules. Quand elle est déficiente, le mucus devient épais et obstrue les bronches et le pancréas.
Manifestations et traitements. Les troubles respiratoires (toux, infections) sont traités par kinésithérapie et antibiotiques. Les troubles digestifs sont compensés par des enzymes pancréatiques et une alimentation adaptée. Ces traitements agissent sur les symptômes : ils ne remplacent pas l'allèle muté. La thérapie génique, elle, vise à remplacer l'allèle muté par un allèle normal. En France, un dépistage néonatal systématique est proposé à la naissance.
Une grande diversité d'allèles. Plus de 2 000 variants du gène CFTR ont été répertoriés. Le plus fréquent est la délétion F508del (perte d'un acide aminé). Un patient peut porter deux allèles mutés différents : on parle d'hétérozygote composite. Il est malade, car aucun de ses deux allèles ne permet une protéine fonctionnelle. Selon la mutation, la protéine est plus ou moins altérée : cela explique des gravités variables entre patients.
Le conseil génétique. Lors d'une consultation, le généticien établit l'arbre généalogique, fait une analyse moléculaire si nécessaire, calcule le risque de transmission et informe le couple sur les options (diagnostic prénatal, diagnostic préimplantatoire).
Le séquençage du gène CFTR chez un patient atteint de mucoviscidose montre deux allèles mutés différents : l'un porte la délétion F508del, l'autre une mutation…
Le séquençage du gène CFTR chez un patient atteint de mucoviscidose montre deux allèles mutés différents : l'un porte la délétion F508del, l'autre une mutation faux-sens. Dans la population, plus de 2 000 variants du gène ont été répertoriés.
- a) Expliquer pourquoi ce patient est qualifié d'hétérozygote composite tout en étant malade.
- b) Expliquer comment la diversité des allèles du gène CFTR peut contribuer à des différences de gravité entre patients.
- c) Citer deux manifestations cliniques de la maladie et le type de traitement symptomatique correspondant.
Aller plus loin : fréquences, liaison à l'X et diagnostic préimplantatoire
Fréquence des porteurs. Si la fréquence de l'allèle $m$ est $q$ et celle de $M$ est $p = 1 - q$, et si la population est à l'équilibre de Hardy-Weinberg, les fréquences des génotypes sont $p^2$, $2pq$ et $q^2$. Pour une maladie touchant 1 personne sur 2 500, $q^2 = \dfrac{1}{2\,500}$ donc $q = \dfrac{1}{50} = 0{,}02$, et $2pq = 2 \times 0{,}98 \times 0{,}02 \approx 0{,}039$ : environ 1 personne sur 25 est porteuse saine. Cela donne environ 392 porteurs pour 10 000 personnes (soit près de 400). Un couple sans antécédent a un risque de $\dfrac{1}{25} \times \dfrac{1}{25} \times \dfrac{1}{4} = \dfrac{1}{2\,500}$, comme dans la population générale.
Maladie récessive liée à l'X. Les garçons ($XY$) n'ont qu'un seul exemplaire du gène : il suffit d'un allèle muté pour être atteint. Des signes qui orientent vers une transmission liée à l'X : uniquement des garçons atteints, aucune transmission de père à fils, des cas dans la famille maternelle. Un fils d'une femme conductrice a $\dfrac{1}{2}$ de risque d'être atteint (contre $\dfrac{1}{4}$ pour un enfant de n'importe quel sexe dans le cas autosomique).
Diagnostic préimplantatoire (DPI). Pour un couple de porteurs sains, chaque embryon a $\dfrac{1}{4}$ de risque d'être malade, donc $\dfrac{3}{4}$ de ne pas l'être. Pour 5 embryons : $P(\text{aucun malade}) = \left(\dfrac{3}{4}\right)^5 \approx 0{,}237$. Le DPI soulève des questions éthiques (tri des embryons, accès, coût) et scientifiques (fiabilité de l'analyse, nombre limité d'embryons).
En France, environ 1 personne sur 2 500 naît atteinte de mucoviscidose. On suppose la population à l'équilibre de Hardy-Weinberg. Rappel : si $p$ et $q$ sont les…
En France, environ 1 personne sur 2 500 naît atteinte de mucoviscidose. On suppose la population à l'équilibre de Hardy-Weinberg.
Rappel : si $p$ et $q$ sont les fréquences des deux allèles ($p + q = 1$), les fréquences des génotypes sont $p^2$ (homozygotes normaux), $2pq$ (hétérozygotes) et $q^2$ (homozygotes atteints).
- a) Calculer la fréquence $q$ de l'allèle muté.
- b) Calculer la fréquence des hétérozygotes porteurs sains ($2pq$) et estimer le nombre de porteurs pour 10 000 personnes.
- c) Un couple sans antécédent familial attend un enfant. Calculer la probabilité qu'il soit atteint, et commenter l'intérêt du dépistage ciblé.
Un arbre généalogique montre une maladie touchant des garçons issus de parents sains, avec plusieurs cousins atteints dans la famille de la mère. Deux hypothèses sont…
Un arbre généalogique montre une maladie touchant des garçons issus de parents sains, avec plusieurs cousins atteints dans la famille de la mère. Deux hypothèses sont envisagées : maladie autosomique récessive ou maladie récessive liée à l'X.
- a) Indiquer un élément de l'arbre qui oriente vers la transmission liée à l'X (par exemple l'absence de filles atteintes).
- b) Pour chaque hypothèse, donner la probabilité qu'un fils d'une femme conductrice soit atteint, sachant que son conjoint est sain (et, dans l'hypothèse autosomique, hétérozygote comme le suggère l'arbre).
- c) Justifier qu'une analyse moléculaire de la mère est nécessaire pour un conseil génétique fiable.
Un couple dont les deux membres sont porteurs sains d'une mutation récessive recourt au diagnostic préimplantatoire. Cinq embryons sont obtenus. a) Calculer la…
Un couple dont les deux membres sont porteurs sains d'une mutation récessive recourt au diagnostic préimplantatoire. Cinq embryons sont obtenus.
- a) Calculer la probabilité qu'un embryon donné soit sain non porteur, porteur sain ou malade.
- b) Calculer la probabilité qu'aucun des cinq embryons ne soit malade.
- c) Discuter les limites éthiques et scientifiques de cette démarche.
Pour revenir à la question du début : deux parents sains peuvent avoir un enfant malade s'ils sont tous deux hétérozygotes porteurs sains, avec un risque de $\dfrac{1}{4}$ à chaque grossesse.
L'essentiel
-
Une maladie autosomique récessive ne s'exprime que chez les homozygotes $m//m$ ; les hétérozygotes $M//m$ sont des porteurs sains.
-
Deux parents sains ayant un enfant malade prouvent que l'allèle est récessif et que les parents sont $M//m$.
-
Deux parents $M//m$ : $\dfrac{1}{4}$ malade, $\dfrac{1}{2}$ porteur sain, $\dfrac{1}{4}$ sain non porteur à chaque grossesse.
-
Un individu sain dont les parents sont $M//m$ est hétérozygote avec une probabilité de $\dfrac{2}{3}$.
-
Pour un risque composé, on multiplie les probabilités des étapes indépendantes.
-
La mucoviscidose (gène CFTR) compte plus de 2 000 allèles : la diversité allélique explique des gravités variables.