Le vivant et son évolution
Lucas et sa sœur Léa ont les mêmes parents. Ils se ressemblent, mais ils ne sont pas identiques. Pourtant, chacune de leurs cellules de peau contient exactement 46 chromosomes. Comment l'espèce humaine garde-t-elle le même nombre de chromosomes de génération en génération, et pourquoi chaque enfant est-il différent ? À l'épreuve de sciences du brevet, ce genre de question s'appuie toujours sur des documents. Cette page te donne les notions du programme sur le vivant et l'évolution, et la méthode pour les utiliser.
Chromosomes, ADN, mitose et méiose
Dans le noyau de chaque cellule se trouvent des chromosomes. Chaque chromosome contient une molécule d'ADN très longue et enroulée (deux molécules identiques après la réplication). L'ADN porte l'information génétique, organisée en gènes. L'espèce humaine possède 46 chromosomes, regroupés en 23 paires : on écrit $2n = 46$. Une cellule qui possède des paires de chromosomes est dite diploïde. Le caryotype est la photographie classée de tous les chromosomes d'une cellule.
La mitose : deux cellules identiques
Avant de se diviser, la cellule copie son ADN pendant l'interphase : la quantité d'ADN double. Chaque chromosome possède alors deux chromatides identiques. La mitose sépare ensuite les chromatides. Elle donne deux cellules filles qui ont le même caryotype que la cellule mère. La mitose assure la croissance, le renouvellement et la réparation des tissus, et elle conserve les caractères génétiques de l'individu.
La méiose : des gamètes à $n$ chromosomes
La méiose a lieu dans les organes reproducteurs. Elle produit des gamètes (spermatozoïdes ou ovules) qui n'ont qu'un chromosome de chaque paire : ils sont haploïdes ($n = 23$). Le reste est expliqué ci-dessous.
| Mitose | Méiose | |
|---|---|---|
| Cellules obtenues | 2 | 4 |
| Nombre de chromosomes | $2n$ (inchangé) | $n$ (divisé par 2) |
| Cellules filles | identiques à la cellule mère | génétiquement variées (brassage) |
| Rôle | croissance, réparation | production des gamètes |
La fécondation rétablit $2n$
Un spermatozoïde ($n = 23$) fusionne avec un ovule ($n = 23$). La cellule-œuf obtenue possède $23 + 23 = 46$ chromosomes. Le nombre de chromosomes reste donc le même à chaque génération. Comme la méiose répartit les chromosomes de chaque paire au hasard (c'est le brassage), deux gamètes d'une même personne sont différents. Chaque enfant reçoit ainsi une combinaison unique.
Le caryotype humain Une cellule de la peau d'un être humain contient 46 chromosomes, regroupés en 23 paires. Un spermatozoïde est une cellule reproductrice (un gamète)…
Le caryotype humain
Une cellule de la peau d'un être humain contient 46 chromosomes, regroupés en 23 paires. Un spermatozoïde est une cellule reproductrice (un gamète) produite par méiose dans les testicules.
-
Indiquer le nombre de chromosomes contenus dans un spermatozoïde.
-
Indiquer le nombre de chromosomes contenus dans la cellule-œuf formée après la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde. Justifier la réponse.
-
Expliquer pourquoi le nombre de chromosomes reste identique d'une génération à l'autre chez l'espèce humaine.
La quantité d'ADN au cours de la vie d'une cellule On mesure la quantité d'ADN contenue dans le noyau d'une cellule humaine au cours du temps, puis dans les cellules…
La quantité d'ADN au cours de la vie d'une cellule
On mesure la quantité d'ADN contenue dans le noyau d'une cellule humaine au cours du temps, puis dans les cellules obtenues après sa division.
| Étape | Quantité d'ADN par noyau (en picogrammes, pg) |
|---|---|
| Cellule en début d'interphase | 6,4 |
| Cellule en fin d'interphase | 12,8 |
| Chacune des deux cellules filles obtenues après la mitose | 6,4 |
| Un gamète (obtenu après méiose, avant la fécondation) | 3,2 |
-
Calculer le rapport entre la quantité d'ADN en fin d'interphase et la quantité d'ADN en début d'interphase. Nommer le phénomène qui explique ce résultat.
-
Expliquer pourquoi les deux cellules filles obtenues après une mitose sont génétiquement identiques à la cellule mère.
-
Expliquer pourquoi la quantité d'ADN d'un gamète est la moitié de celle d'une cellule de la peau, et comment la quantité initiale est rétablie dans la cellule-œuf.
Gènes, allèles et transmission des caractères
Un gène est une portion d'ADN qui détermine un caractère. Un même gène existe sous plusieurs versions, les allèles. Chaque individu possède deux allèles de chaque gène, un sur chaque chromosome de la paire. Son génotype est la liste de ces deux allèles, par exemple $M//m$. Son phénotype est le caractère observable, noté entre crochets : $[M]$.
-
Homozygote : les deux allèles sont identiques ($M//M$ ou $m//m$).
-
Hétérozygote : les deux allèles sont différents ($M//m$).
-
Un allèle est dominant s'il s'exprime même en un seul exemplaire. Il s'écrit en majuscule. Un allèle récessif (en minuscule) ne s'exprime que chez un homozygote.
Lire un arbre généalogique
Dans un arbre généalogique, un carré représente un homme et un rond une femme. Une figure pleine représente une personne atteinte.
Prévoir une descendance : l'échiquier de croisement
L'échiquier de croisement recense les gamètes de chaque parent et toutes les rencontres possibles à la fécondation. Pour $M//m \times M//m$ :
| $M$ | $m$ | |
|---|---|---|
| $M$ | $M//M$ | $M//m$ |
| $m$ | $M//m$ | $m//m$ |
Sur 4 cases, 1 seule donne $m//m$ : le risque d'avoir un enfant malade est de $\frac14$, soit 25 %. Ce risque s'applique à chaque grossesse. Le hasard n'a pas de mémoire.
Un cas de mucoviscidose dans une famille La mucoviscidose est une maladie génétique. Le gène concerné possède deux allèles : $M$ (allèle normal) et $m$ (allèle…
Un cas de mucoviscidose dans une famille
La mucoviscidose est une maladie génétique. Le gène concerné possède deux allèles : $M$ (allèle normal) et $m$ (allèle responsable de la maladie).
Document : arbre généalogique d'une famille
-
Génération I : Sophie et Karim, tous deux en bonne santé, sont les parents.
-
Génération II : leur fille Inès est atteinte de mucoviscidose ; leur fils Yanis est en bonne santé.
-
Montrer que l'allèle $m$ est récessif.
-
Donner le génotype de Sophie et de Karim, puis celui d'Inès. Justifier.
-
Sophie et Karim attendent un troisième enfant. À l'aide d'un échiquier de croisement, déterminer la probabilité que cet enfant soit atteint de la maladie.
Un croisement chez la drosophile La drosophile (mouche du vinaigre) peut avoir des ailes longues ou des ailes vestigiales (très courtes). On croise des drosophiles de…
Un croisement chez la drosophile
La drosophile (mouche du vinaigre) peut avoir des ailes longues ou des ailes vestigiales (très courtes). On croise des drosophiles de lignée pure à ailes longues avec des drosophiles de lignée pure à ailes vestigiales.
Document 1 : Tous les descendants de la génération F1 ont des ailes longues.
Document 2 : On croise entre eux des individus de la génération F1. On obtient 1 600 descendants en F2 : 1 207 à ailes longues et 393 à ailes vestigiales.
On note $L$ l'allèle « ailes longues » et $v$ l'allèle « ailes vestigiales ».
-
Déterminer quel allèle est dominant. Justifier à l'aide du document 1.
-
Donner le génotype des parents et celui des individus de la F1.
-
Construire l'échiquier de croisement des individus de la F1 et en déduire les proportions attendues de chaque phénotype en F2.
-
Calculer le nombre d'individus de chaque phénotype que l'on attendrait pour 1 600 descendants et le comparer aux résultats du document 2.
-
Expliquer pourquoi les résultats observés ne sont pas exactement égaux aux résultats attendus.
Génotype et environnement
Le phénotype ne dépend pas seulement des gènes : phénotype = génotype + environnement. Un même génotype peut donner des phénotypes différents selon les conditions de vie.
Exemples : le bronzage dépend du soleil, la taille dépend en partie de l'alimentation, la couleur des fleurs d'hortensia dépend de l'acidité du sol.
Comment le démontrer ?
Il faut comparer des individus qui ont le même ADN (des clones, des vrais jumeaux, des boutures) placés dans des conditions différentes. On ne fait varier qu'un seul facteur, les autres restant identiques. Si le phénotype change, la cause est l'environnement.
Des hortensias de couleurs différentes Un jardinier prélève trois boutures sur un même pied d'hortensia à fleurs roses. Les trois plantes obtenues ont donc le même ADN.…
Des hortensias de couleurs différentes
Un jardinier prélève trois boutures sur un même pied d'hortensia à fleurs roses. Les trois plantes obtenues ont donc le même ADN. Il les plante dans trois sols différents et observe la couleur des fleurs l'année suivante.
| Plante | pH du sol | Couleur des fleurs |
|---|---|---|
| A | 4,5 | bleue |
| B | 6,0 | violette |
| C | 7,5 | rose |
-
Justifier que les différences de couleur observées ne sont pas dues à une différence de génotype.
-
Indiquer le facteur qui influence le phénotype dans cette expérience.
-
Proposer une explication de ce que signifie « le phénotype dépend du génotype et de l'environnement », en donnant un second exemple chez l'être humain.
Mutations et sélection naturelle
Dans une population, les individus sont tous un peu différents, et une partie de ces différences est héréditaire. Elles viennent du brassage des gènes et des mutations. Une mutation est une modification aléatoire de l'ADN, qui crée un nouvel allèle. Elle se produit au hasard : elle n'est pas dirigée par les besoins de l'individu. Si elle touche un gamète, elle se transmet. Pendant la méiose, un échange de morceaux entre chromosomes homologues (le crossing-over) accroît aussi le brassage. Les biotechnologies (OGM, clonage, fabrication de vaccins) utilisent ces connaissances sur l'ADN. Des agents mutagènes (rayons UV, rayons X, tabac) augmentent le risque de mutation. Une mutation peut être neutre (sans effet), nocive ou avantageuse selon le milieu.
La sélection naturelle s'applique ensuite : dans un milieu donné, certains individus survivent mieux ou se reproduisent davantage que les autres. Ils transmettent plus souvent leurs allèles, dont la proportion augmente de génération en génération. C'est le mécanisme de l'évolution proposé par Darwin au XIXe siècle.
Avant lui, le fixisme (défendu par Cuvier) pensait que les espèces ne changent pas. Lamarck, au Muséum national d'histoire naturelle, a proposé le premier que les espèces se transforment (transformisme), mais il pensait que les caractères acquis se transmettent, ce qui est faux. L'être humain, Homo sapiens, est un primate : il appartient au même grand groupe que le chimpanzé.
Des souris sur une île volcanique Une île est recouverte de roches volcaniques noires. Des souris à pelage clair et des souris à pelage sombre y vivent. Ces souris sont…
Des souris sur une île volcanique
Une île est recouverte de roches volcaniques noires. Des souris à pelage clair et des souris à pelage sombre y vivent. Ces souris sont chassées par des rapaces qui repèrent leurs proies à la vue. Le caractère « couleur du pelage » est héréditaire.
Document : proportion de souris à pelage sombre dans la population
| Année | 2000 | 2005 | 2010 | 2015 |
|---|---|---|---|---|
| Souris à pelage sombre (en %) | 20 | 38 | 67 | 90 |
-
Décrire l'évolution de la population de souris entre 2000 et 2015.
-
Expliquer cette évolution à l'aide de la notion de sélection naturelle.
Des rats devenus résistants au raticide Dans une ville, on lutte contre les rats avec un raticide. Au départ, ce produit tue presque tous les rats qui en mangent.…
Des rats devenus résistants au raticide
Dans une ville, on lutte contre les rats avec un raticide. Au départ, ce produit tue presque tous les rats qui en mangent.
Document 1 : Dans la population de rats, quelques rares individus portent un allèle, apparu par mutation avant l'utilisation du raticide, qui les rend résistants au produit. Cet allèle se transmet de parents à enfants.
Document 2 : proportion de rats résistants dans la population traitée
| Année | 1960 | 1965 | 1970 | 1975 |
|---|---|---|---|---|
| Rats résistants (en %) | 2 | 15 | 48 | 81 |
Un élève affirme : « Les rats ont fabriqué une résistance parce qu'ils en avaient besoin pour survivre. »
-
Décrire l'évolution de la proportion de rats résistants.
-
Expliquer, à l'aide du document 1, l'origine de l'allèle de résistance.
-
Expliquer l'évolution observée dans le document 2 à l'aide des notions de sélection naturelle et d'hérédité.
-
Rédiger un paragraphe argumenté pour répondre à l'affirmation de l'élève. Indiquer ce qu'elle a de juste et ce qu'elle a d'inexact.
Biodiversité, espèces invasives et parenté
La biodiversité désigne la diversité des gènes, des espèces et des écosystèmes. Elle évolue : des espèces apparaissent, d'autres disparaissent (c'est l'extinction, qui peut être accélérée par une espèce invasive ou la destruction des habitats). Des événements majeurs (éruptions volcaniques de grande ampleur, compétition entre organismes) ou l'être humain peuvent la modifier.
Une espèce invasive
Une espèce invasive est introduite par l'être humain, volontairement ou non, dans une région où elle n'existait pas. Elle s'y installe, y prolifère et perturbe les espèces locales. C'est le cas du frelon asiatique, arrivé accidentellement en France vers 2004 dans un container de poteries.
Pour analyser un tel cas, on lit les documents dans l'ordre :
-
Une courbe ou un tableau de nids détruits qui augmente indique que l'espèce progresse.
-
Le régime alimentaire montre qui elle mange, donc quelles espèces sont menacées.
-
On relie le tout : la proie principale, ici l'abeille, voit ses effectifs baisser, ce qui perturbe aussi la pollinisation.
La parenté entre espèces
Deux espèces sont proches parentes si elles descendent d'un ancêtre commun récent. On le démontre avec les caractères partagés : plus deux espèces partagent de caractères hérités, plus elles sont apparentées. On le démontre aussi avec les molécules (ADN, protéines) : plus il y a de différences entre deux séquences, plus l'ancêtre commun est ancien.
Le frelon asiatique, une espèce invasive Document 1 : Le frelon asiatique a été introduit accidentellement en France vers 2004, dans un container de poteries. Il capture…
Le frelon asiatique, une espèce invasive
Document 1 : Le frelon asiatique a été introduit accidentellement en France vers 2004, dans un container de poteries. Il capture des abeilles domestiques devant les ruches pour nourrir ses larves.
Document 2 : nombre de nids de frelons asiatiques détruits dans un département
| Année | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 |
|---|---|---|---|---|
| Nombre de nids détruits | 120 | 310 | 640 | 1 150 |
Document 3 : régime alimentaire du frelon asiatique en été
| Proies | Abeilles domestiques | Autres insectes | Autres aliments |
|---|---|---|---|
| Part du régime (en %) | 35 | 55 | 10 |
-
Calculer de combien de fois le nombre de nids détruits a été multiplié entre 2018 et 2021 (arrondir à l'unité).
-
Identifier la relation entre le frelon asiatique et l'abeille domestique.
-
Proposer, en vous appuyant sur les documents, des arguments expliquant pourquoi l'introduction de cette espèce peut modifier la biodiversité locale. Proposer une mesure pour limiter son impact.
La parenté de l'être humain avec d'autres espèces Document 1 : caractères présents (+) ou absents (−) | Caractère | Truite | Grenouille | Lézard | Souris | Chimpanzé |…
La parenté de l'être humain avec d'autres espèces
Document 1 : caractères présents (+) ou absents (−)
| Caractère | Truite | Grenouille | Lézard | Souris | Chimpanzé | Être humain |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Colonne vertébrale | + | + | + | + | + | + |
| Quatre membres | − | + | + | + | + | + |
| Poils et mamelles | − | − | − | + | + | + |
| Pouces opposables aux autres doigts | − | − | − | − | + | + |
Document 2 : nombre de différences d'acides aminés dans une protéine de 146 acides aminés, par rapport à l'être humain (valeurs simplifiées)
| Espèce | Chimpanzé | Gorille | Macaque | Souris |
|---|---|---|---|---|
| Nombre de différences | 0 | 1 | 8 | 16 |
-
Construire un arbre de parenté représentant les six espèces du document 1, à partir des caractères partagés.
-
Indiquer l'espèce du document 1 qui a le plus de caractères en commun avec l'être humain. En déduire ce que cela indique sur leur parenté.
-
Expliquer comment le document 2 confirme ou précise ces résultats.
-
Un visiteur du Muséum national d'histoire naturelle affirme : « L'être humain descend du chimpanzé. » Discuter cette affirmation en vous appuyant sur les documents et sur vos connaissances.
Retour au début : le nombre de chromosomes est conservé parce que la méiose le divise par deux et que la fécondation le rétablit. Chaque enfant est unique grâce au brassage des chromosomes.
L'essentiel
-
L'ADN, porté par les chromosomes, contient les gènes. Chez l'être humain, $2n = 46$ ; un gamète en contient $n = 23$.
-
La mitose donne deux cellules identiques. La méiose donne des gamètes à $n$ chromosomes. La fécondation rétablit $2n$.
-
Un allèle récessif ne s'exprime que chez un homozygote. Deux parents sains peuvent avoir un enfant malade, avec un risque de $\frac14$ à chaque grossesse si les deux parents sont hétérozygotes.
-
Phénotype = génotype + environnement. Pour le montrer, on compare des individus de même ADN placés dans des conditions différentes.
-
Les mutations sont aléatoires. La sélection naturelle trie les individus : les mieux adaptés ont plus de descendants.
-
Une espèce invasive peut perturber un écosystème. Plus deux espèces partagent de caractères ou de séquences, plus leur parenté est étroite.