Climats passés : isotopes et carottes de glace
Dans les Alpes, la mer de Glace recule d'année en année. Mais comment savoir si le climat a déjà changé aussi vite par le passé ? Personne n'a de thermomètre vieux de 800 000 ans… Pourtant, la glace des pôles a gardé la mémoire du climat. Dans cette page, tu apprends à lire ces archives.
Les carottes de glace : des archives datées
En Antarctique et au Groenland, la neige s'accumule année après année et se transforme en glace. Chaque couche annuelle emprisonne de petites bulles d'air : un échantillon de l'atmosphère de l'époque.
Pour y accéder, on fore la calotte et on remonte un cylindre de glace : la carotte de glace.
La neige nouvelle se dépose toujours au-dessus de l'ancienne : plus on descend, plus la glace est ancienne. On date les couches en comptant les couches annuelles, ou grâce à des repères comme des niveaux de cendres volcaniques.
Une carotte de glace prélevée en Antarctique est forée sur $3\,200\ \text{m}$ de profondeur. Elle contient des bulles d'air piégées lors de la formation de la glace. a)…
Une carotte de glace prélevée en Antarctique est forée sur $3\,200\ \text{m}$ de profondeur. Elle contient des bulles d'air piégées lors de la formation de la glace.
- a) Expliquer ce que permet d'étudier l'air contenu dans ces bulles.
- b) Expliquer pourquoi la glace la plus profonde est la plus ancienne.
- c) Calculer la profondeur moyenne par millier d'années si la carotte couvre $800\,000$ ans (en $\text{m}$ par millier d'années).
Sur une carotte, une couche de neige annuelle a une épaisseur moyenne de $2{,}5\ \text{cm}$ de glace à $500\ \text{m}$ de profondeur. Un niveau de cendres volcaniques se…
Sur une carotte, une couche de neige annuelle a une épaisseur moyenne de $2{,}5\ \text{cm}$ de glace à $500\ \text{m}$ de profondeur. Un niveau de cendres volcaniques se trouve à $520\ \text{m}$ de profondeur, en supposant des couches d'épaisseur constante dans cette zone.
- a) Calculer l'écart d'âge (la durée) entre les profondeurs $500\ \text{m}$ et $520\ \text{m}$.
- b) Expliquer pourquoi l'hypothèse d'épaisseur constante devient fausse en profondeur.
Le rapport isotopique δ¹⁸O
L'oxygène existe sous plusieurs isotopes : même nombre de protons, nombre de neutrons différent. Les deux principaux sont $^{16}\text{O}$ (le plus abondant, plus léger) et $^{18}\text{O}$ (plus lourd). Une molécule d'eau peut donc être « légère » ou « lourde ».
On compare le rapport $R=\dfrac{^{18}\text{O}}{^{16}\text{O}}$ d'un échantillon à celui d'une référence :
$$\delta^{18}\text{O}=\left(\dfrac{R_{\text{éch}}}{R_{\text{réf}}}-1\right)\times 1\,000 \quad (\text{en ‰})$$-
$\delta^{18}\text{O} < 0$ : l'échantillon est appauvri en $^{18}\text{O}$ par rapport à la référence ;
-
$\delta^{18}\text{O} > 0$ : il est enrichi.
Le rapport isotopique de l'oxygène est $\delta^{18}\text{O}=\left(\dfrac{R_{\text{éch}}}{R_{\text{réf}}}-1\right)\times1\,000$ (en ‰), avec…
Le rapport isotopique de l'oxygène est $\delta^{18}\text{O}=\left(\dfrac{R_{\text{éch}}}{R_{\text{réf}}}-1\right)\times1\,000$ (en ‰), avec $R=\dfrac{^{18}\text{O}}{^{16}\text{O}}$.
- a) Calculer $\delta^{18}\text{O}$ pour $R_{\text{éch}}=0{,}001\,92$ et $R_{\text{réf}}=0{,}002\,00$.
- b) Dire si l'échantillon est appauvri ou enrichi en $^{18}\text{O}$ par rapport à la référence.
Du δ¹⁸O à la température
Les molécules d'eau légères s'évaporent plus facilement. En voyageant des océans vers les pôles, la vapeur se refroidit et les molécules lourdes précipitent en premier. Plus il fait froid au moment de la chute de neige, plus la neige est appauvrie en $^{18}\text{O}$ : son $\delta^{18}\text{O}$ est plus négatif.
| Période | Température locale | $\delta^{18}\text{O}$ de la glace |
|---|---|---|
| Glaciaire | plus basse | plus négatif |
| Interglaciaire | plus haute | moins négatif |
Pour un site donné, on établit une relation empirique, souvent affine, du type $\delta^{18}\text{O}=a\,T+b$. Elle permet de passer du $\delta^{18}\text{O}$ à $T$.
Dans les glaces polaires, plus la température au moment de la précipitation était basse, plus la neige est appauvrie en $^{18}\text{O}$ (valeur de $\delta^{18}\text{O}$…
Dans les glaces polaires, plus la température au moment de la précipitation était basse, plus la neige est appauvrie en $^{18}\text{O}$ (valeur de $\delta^{18}\text{O}$ plus négative).
- a) Deux couches ont pour $\delta^{18}\text{O}$ : $-42\ ‰$ et $-35\ ‰$. Laquelle correspond à la période la plus froide ?
- b) Dire si la période la plus froide est une période glaciaire ou interglaciaire.
Une relation empirique relie la température locale $T$ (en $^\circ\text{C}$) au $\delta^{18}\text{O}$ de la neige : $\delta^{18}\text{O}=0{,}65\,T-14$ (en ‰). a)…
Une relation empirique relie la température locale $T$ (en $^\circ\text{C}$) au $\delta^{18}\text{O}$ de la neige : $\delta^{18}\text{O}=0{,}65\,T-14$ (en ‰).
- a) Calculer $\delta^{18}\text{O}$ pour $T=-30\ ^\circ\text{C}$.
- b) Déterminer la température pour $\delta^{18}\text{O}=-50\ ‰$.
- c) Calculer la variation de température correspondant à une variation de $\delta^{18}\text{O}$ de $6{,}5\ ‰$.
Sur $100\,000$ ans, on relève dans une carotte les valeurs suivantes : $\delta^{18}\text{O}=-44\ ‰$ à $20\,000$ ans, $-36\ ‰$ à $0$ an (actuel). On utilise la relation…
Sur $100\,000$ ans, on relève dans une carotte les valeurs suivantes : $\delta^{18}\text{O}=-44\ ‰$ à $20\,000$ ans, $-36\ ‰$ à $0$ an (actuel). On utilise la relation $\delta^{18}\text{O}=0{,}65\,T-14$.
- a) Calculer les températures correspondantes.
- b) Calculer la variation de température entre le dernier maximum glaciaire et aujourd'hui.
- c) Calculer la vitesse moyenne de réchauffement en $^\circ\text{C}$ par siècle entre le dernier maximum glaciaire ($20\,000$ ans) et aujourd'hui, puis la comparer à un réchauffement actuel de $0{,}2\ ^\circ\text{C}$ par décennie.
- d) Discuter la validité de la relation utilisée.
Les sédiments marins : un enregistrement complémentaire
Les foraminifères sont de minuscules organismes marins dont la coquille est en carbonate de calcium. Elle incorpore l'oxygène de l'eau de mer : son $\delta^{18}\text{O}$ garde la trace de l'eau et de la température de l'époque. Ces coquilles s'accumulent dans les sédiments du fond.
Lors d'une glaciation, l'eau évaporée, appauvrie en $^{18}\text{O}$, s'accumule dans les calottes glaciaires. L'océan restant s'enrichit en $^{18}\text{O}$ : le $\delta^{18}\text{O}$ des coquilles augmente, alors que celui de la glace polaire diminue.
Les deux archives se complètent : la glace renseigne sur les températures polaires et l'atmosphère (bulles), les sédiments sur le volume des glaces et les températures océaniques. Les confronter permet de recouper les résultats.
Pour reconstituer les températures océaniques passées, on mesure le $\delta^{18}\text{O}$ des coquilles de foraminifères. Pendant une glaciation, l'eau de mer s'enrichit…
Pour reconstituer les températures océaniques passées, on mesure le $\delta^{18}\text{O}$ des coquilles de foraminifères. Pendant une glaciation, l'eau de mer s'enrichit en $^{18}\text{O}$ car l'eau évaporée, appauvrie en $^{18}\text{O}$, est piégée dans les calottes de glace.
- a) Expliquer pourquoi le $\delta^{18}\text{O}$ des carbonates marins augmente en période glaciaire.
- b) Expliquer pourquoi le $\delta^{18}\text{O}$ de la glace polaire diminue à la même période.
- c) Expliquer pourquoi ces deux enregistrements sont complémentaires.
- d) Indiquer un autre facteur influençant le $\delta^{18}\text{O}$ des coquilles.
Les bulles d'air : CO₂ passé et réchauffement actuel
L'analyse des bulles donne la concentration en $\mathrm{CO_2}$ de l'atmosphère passée, en ppm (parties par million). Sur 800 000 ans, elle oscille d'environ $190\ \text{ppm}$ (glaciaire) à $280\ \text{ppm}$ (interglaciaire), en suivant la température : les deux courbes sont corrélées.
La concentration actuelle dépasse largement le maximum naturel des 800 000 dernières années, et elle y est parvenue en quelques décennies, contre des milliers d'années pour les variations naturelles. C'est ce qui rend l'évolution actuelle exceptionnelle.
Dans une carotte, la concentration en CO$2$ vaut $190\ \text{ppm}$ en période glaciaire et $280\ \text{ppm}$ en période interglaciaire. La concentration actuelle est de…
Dans une carotte, la concentration en CO$_2$ vaut $190\ \text{ppm}$ en période glaciaire et $280\ \text{ppm}$ en période interglaciaire. La concentration actuelle est de $420\ \text{ppm}$.
- a) Calculer l'amplitude glaciaire–interglaciaire.
- b) Calculer de combien la concentration actuelle dépasse le maximum naturel, en ppm et en pourcentage de ce maximum.
- c) Expliquer en une phrase en quoi cette comparaison montre le caractère exceptionnel de l'évolution actuelle.
Un enregistrement de carotte montre que la température et le CO$2$ évoluent de façon corrélée : lors d'un réchauffement de $6\ ^\circ\text{C}$, le CO$2$ passe de $190$ à…
Un enregistrement de carotte montre que la température et le CO$_2$ évoluent de façon corrélée : lors d'un réchauffement de $6\ ^\circ\text{C}$, le CO$_2$ passe de $190$ à $280\ \text{ppm}$. Le réchauffement actuel est de $1{,}2\ ^\circ\text{C}$ avec une hausse de CO$_2$ de $140\ \text{ppm}$ depuis l'ère préindustrielle.
- a) Calculer le rapport $\Delta T/\Delta\text{CO}_2$ pour la période glaciaire–interglaciaire, en $^\circ\text{C}$ pour $100\ \text{ppm}$.
- b) Calculer le même rapport pour la période actuelle.
- c) Interpréter l'écart, en tenant compte de l'inertie de l'océan.
- d) Expliquer pourquoi une corrélation ne prouve pas à elle seule une causalité et comment on conclut sur le rôle du CO$_2$.
L'essentiel
Retour au début : on connaît les climats passés grâce à la glace, qui a gardé la trace de la température (δ¹⁸O) et de l'atmosphère (bulles). Le réchauffement actuel s'y compare : il est beaucoup plus rapide.