Équilibre de Hardy-Weinberg et facteurs d'évolution
Une maladie génétique récessive touche 1 naissance sur 10 000 dans une population fictive. Les porteurs sains n'ont aucun symptôme : comment savoir combien il y en a ? Et pourquoi un allèle défavorable ne disparaît-il pas toujours ? Pour répondre, on passe de l'échelle de l'individu à celle de la population.
Fréquences génotypiques et alléliques
Une population est un ensemble d'individus de la même espèce qui vivent dans un même lieu et peuvent se reproduire entre eux. Son ensemble d'allèles, pour un gène donné, est son pool génétique.
Pour décrire un gène à deux allèles $A$ et $a$, on utilise deux types de fréquences.
Comme chaque individu diploïde porte deux allèles du gène, une population de $N$ individus contient $2N$ allèles. Un homozygote [A//A] apporte deux allèles $A$, un hétérozygote [A//a] en apporte un seul.
$$p = \frac{2\,N_{A//A} + N_{A//a}}{2N} \qquad q = \frac{2\,N_{a//a} + N_{A//a}}{2N}$$Dans une population de 500 papillons, un gène possède deux allèles, A et a. On dénombre 245 individus de génotype [A//A], 210 de génotype [A//a] et 45 de génotype…
Dans une population de 500 papillons, un gène possède deux allèles, A et a. On dénombre 245 individus de génotype [A//A], 210 de génotype [A//a] et 45 de génotype [a//a].
- a) Calculer les fréquences génotypiques.
- b) Calculer les fréquences $p$ de l'allèle A et $q$ de l'allèle a.
Le modèle de Hardy-Weinberg
Si les fréquences alléliques d'une population changent d'une génération à l'autre, elle évolue. Pour savoir ce qui la fait évoluer, il faut un point de référence : une population fictive où rien ne change. C'est le modèle de Hardy-Weinberg.
Dans ces conditions, chaque parent fournit un gamète portant $A$ avec la probabilité $p$ ou $a$ avec la probabilité $q$. L'échiquier de croisement des gamètes donne les génotypes de la génération suivante.
| Gamètes | $A$ (fréquence $p$) | $a$ (fréquence $q$) |
|---|---|---|
| $A$ ($p$) | [A//A] : $p^2$ | [A//a] : $pq$ |
| $a$ ($q$) | [A//a] : $pq$ | [a//a] : $q^2$ |
Pourquoi ? Le brassage des allèles par la méiose et la fécondation ne fait que redistribuer les allèles dans les génotypes. Il ne crée ni ne supprime aucun allèle : sans autre facteur, les fréquences ne bougent pas.
On lit que les hétérozygotes sont les plus nombreux quand $p = q = 0{,}5$ (50 %). Quand un allèle est rare, il se trouve presque uniquement chez des hétérozygotes.
Tester l'équilibre
Pour savoir si une population est à l'équilibre, on calcule $p$ et $q$ à partir des effectifs observés, puis on compare les effectifs attendus ($N p^2$, $N \cdot 2pq$, $N q^2$) aux effectifs observés.
Exemple : sur 100 individus, 50 [A//A], 20 [A//a] et 30 [a//a]. On trouve $p = \dfrac{100 + 20}{200} = 0{,}6$ et $q = 0{,}4$. À l'équilibre, on attendrait 36 [A//A], 48 [A//a] et 16 [a//a]. Il y a un fort déficit d'hétérozygotes : la population n'est pas à l'équilibre, donc au moins une condition du modèle n'est pas respectée (par exemple, des croisements non aléatoires entre apparentés).
Dans une population de hamsters, la fréquence de l'allèle récessif a est $q = 0{,}3$. On suppose que la population est à l'équilibre de Hardy-Weinberg. a) Énoncer les…
Dans une population de hamsters, la fréquence de l'allèle récessif a est $q = 0{,}3$. On suppose que la population est à l'équilibre de Hardy-Weinberg.
- a) Énoncer les conditions du modèle de Hardy-Weinberg.
- b) Calculer les fréquences attendues des génotypes [A//A], [A//a] et [a//a].
En France, une maladie génétique autosomique récessive touche 1 naissance sur 2 500. On suppose la population à l'équilibre de Hardy-Weinberg. a) Calculer la fréquence…
En France, une maladie génétique autosomique récessive touche 1 naissance sur 2 500. On suppose la population à l'équilibre de Hardy-Weinberg.
- a) Calculer la fréquence $q$ de l'allèle responsable de la maladie.
- b) Calculer la fréquence des porteurs sains (hétérozygotes).
- c) En déduire le nombre approximatif de porteurs sains pour 100 000 personnes.
Dans une population de 1 000 individus, on observe pour un gène à deux allèles : 440 [A//A], 360 [A//a] et 200 [a//a]. a) Calculer les fréquences alléliques. b) Comparer…
Dans une population de 1 000 individus, on observe pour un gène à deux allèles : 440 [A//A], 360 [A//a] et 200 [a//a].
- a) Calculer les fréquences alléliques.
- b) Comparer les effectifs observés aux effectifs attendus sous l'hypothèse de Hardy-Weinberg.
- c) Proposer, en les justifiant, deux explications biologiques possibles de l'écart observé.
- d) Indiquer ce que deviendrait la répartition génotypique après une seule génération de reproduction panmictique, sans autre facteur.
Les facteurs qui font évoluer une population
Dans la réalité, aucune population ne remplit toutes les conditions du modèle. Chaque condition non respectée correspond à un facteur d'évolution, c'est-à-dire un facteur qui modifie les fréquences alléliques.
| Facteur | Condition du modèle non respectée | Effet sur les fréquences alléliques |
|---|---|---|
| Mutation | pas de mutation | apparition de nouveaux allèles ; changement très lent |
| Migrations | pas d'échanges avec d'autres populations | arrivée ou départ d'allèles (flux de gènes) |
| Dérive génétique | effectif infini | variations aléatoires, fortes si l'effectif est petit |
| Sélection naturelle | tous les génotypes équivalents | un allèle devient plus fréquent s'il augmente la survie ou la reproduction |
| Préférences sexuelles | panmixie | certains mâles (ou femelles) se reproduisent davantage |
La dérive génétique
Dans une petite population, les individus qui se reproduisent ne sont qu'un « échantillon » du pool génétique. Par hasard, un allèle peut être sur-représenté chez eux, même s'il n'apporte aucun avantage. Ce hasard se cumule de génération en génération.
Dans la petite population, la fréquence s'écarte de 0,5 puis atteint 1 : l'allèle est fixé et l'autre a disparu. Une fois l'allèle fixé, la population n'a plus qu'un allèle pour ce gène et sa diversité allélique a diminué : sans mutation ni migration, elle ne peut pas être retrouvée. Dans la grande population, les écarts aléatoires se compensent et la fréquence reste presque stable.
Mutations et migrations
Une mutation est la source de nouveaux allèles : sans elle, il n'y aurait aucune diversité à trier. Mais son taux est faible, donc elle modifie très lentement les fréquences. Les migrations (arrivée d'individus d'une autre population qui se reproduisent) apportent des allèles nouveaux ou changent leurs fréquences, et tendent à rendre deux populations génétiquement plus semblables.
Citer les cinq facteurs qui peuvent écarter une population de l'équilibre de Hardy-Weinberg (mutation, sélection, dérive génétique, migrations, unions non aléatoires par…
Citer les cinq facteurs qui peuvent écarter une population de l'équilibre de Hardy-Weinberg (mutation, sélection, dérive génétique, migrations, unions non aléatoires par choix du partenaire) et définir chacun en une phrase.
Une population insulaire de 20 individus (île de Bréhat) est isolée. La fréquence de l'allèle B est de 0,5 à la génération 0. À la génération 5, elle vaut 0,8 ; à la…
Une population insulaire de 20 individus (île de Bréhat) est isolée. La fréquence de l'allèle B est de 0,5 à la génération 0. À la génération 5, elle vaut 0,8 ; à la génération 10, elle vaut 1.
- a) Nommer le mécanisme principal qui explique cette évolution et justifier ce choix par la taille de la population.
- b) Indiquer ce que devient la diversité allélique de la population.
- c) Dire si ce résultat serait aussi probable dans une population de 2 millions d'individus. Justifier.
Sélection naturelle et préférences sexuelles
Dans une population, tous les individus n'ont pas la même chance de survivre jusqu'à la reproduction et de se reproduire. On mesure cette chance par la valeur sélective $w$ de chaque génotype : $w = 1$ pour le génotype le plus favorable, $w < 1$ pour les autres, $w = 0$ si le génotype est létal avant la reproduction.
Calculer l'effet d'une sélection
On suppose que la population est à l'équilibre à la naissance : les génotypes ont pour fréquences $p^2$, $2pq$, $q^2$. La sélection agit ensuite avant la reproduction : chaque génotype est « pondéré » par sa valeur sélective. Les adultes reproducteurs sont alors différents des nouveau-nés, et la fréquence de $a$ a changé.
Quand un allèle délétère se maintient
Un allèle défavorable à l'état homozygote peut se maintenir si les hétérozygotes sont avantagés. C'est le cas de l'allèle S de la globine $\beta$ (drépanocytose) : les [S//S] sont gravement malades, mais, dans les régions où sévit le paludisme, les [A//S] résistent mieux à la maladie que les [A//A]. Cette sélection favorable aux hétérozygotes maintient les deux allèles dans la population. Sans paludisme, cet avantage disparaît et $S$ diminue.
Les préférences sexuelles
Quand les femelles choisissent leurs partenaires selon un caractère (plumage, chant, taille), les mâles qui le portent se reproduisent davantage. L'allèle correspondant peut se répandre même si le caractère diminue la survie : ce qui compte pour l'évolution, c'est le nombre de descendants, pas la durée de vie. La panmixie n'est pas respectée : on parle de sélection sexuelle.
Dans une population de coccinelles, la fréquence de l'allèle A est $p = 0{,}6$. Les individus [a//a] ont une valeur sélective (survie jusqu'à la reproduction) de 0,5,…
Dans une population de coccinelles, la fréquence de l'allèle A est $p = 0{,}6$. Les individus [a//a] ont une valeur sélective (survie jusqu'à la reproduction) de 0,5, les autres génotypes de 1.
- a) Calculer les fréquences génotypiques à la génération 0 (équilibre de Hardy-Weinberg à la naissance).
- b) Calculer la fréquence de l'allèle a après sélection, chez les adultes reproducteurs.
- c) Indiquer le sens d'évolution de la fréquence de a au fil des générations.
La drépanocytose est due à l'allèle S de la globine β. Dans une région où sévit le paludisme, la valeur sélective est de 0,85 pour [A//A], 1 pour [A//S] et 0 pour…
La drépanocytose est due à l'allèle S de la globine β. Dans une région où sévit le paludisme, la valeur sélective est de 0,85 pour [A//A], 1 pour [A//S] et 0 pour [S//S]. Dans une région sans paludisme, elle est de 1 pour [A//A], 0,9 pour [A//S] et 0 pour [S//S].
- a) Expliquer pourquoi l'allèle S, létal à l'état homozygote, se maintient dans la première région.
- b) Prévoir l'évolution de la fréquence de S dans la seconde région et justifier.
- c) Indiquer à quel type de sélection correspond le cas de la première région.
- d) Discuter le rôle des migrations si des populations des deux régions se mélangent.
Chez une espèce d'oiseaux, les femelles préfèrent les mâles à longue queue. Le caractère est porté par l'allèle L (dominant). La longue queue réduit la survie des mâles…
Chez une espèce d'oiseaux, les femelles préfèrent les mâles à longue queue. Le caractère est porté par l'allèle L (dominant). La longue queue réduit la survie des mâles de 10 %.
- a) Expliquer comment ce caractère peut se répandre dans la population malgré son coût pour la survie.
- b) Nommer le mécanisme évolutif en jeu et le distinguer de la sélection naturelle au sens strict.
- c) Prévoir l'évolution de la fréquence de L si la pression de prédation augmente fortement. Argumenter.
- d) Dire comment le séquençage de génomes de populations permettrait de repérer une région soumise à sélection.
Retour à la question du début : avec $q^2 = 0{,}0001$, on trouve $q = 0{,}01$ et environ 2 % de porteurs sains (1 personne sur 50), alors que la maladie ne touche que 1 personne sur 10 000. Ces porteurs, protégés par leur allèle dominant, conservent l'allèle récessif dans la population.
L'essentiel
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Pour un gène à deux allèles, $p + q = 1$. On calcule $p$ en comptant les allèles ($2N$ au total) : $p = \dfrac{2N_{A//A} + N_{A//a}}{2N}$.
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Modèle de Hardy-Weinberg (population très grande, panmixie, ni mutation, ni migration, ni sélection) : les fréquences alléliques sont stables et les génotypes sont en proportions $p^2$, $2pq$, $q^2$.
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Pour une maladie récessive, $q^2$ est la fréquence des malades, $q$ celle de l'allèle et $2pq$ celle des porteurs sains.
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Une population évolue quand ses fréquences alléliques changent : mutation (nouveaux allèles), migrations, dérive (aléatoire, forte dans les petites populations), sélection (valeur sélective) et préférences sexuelles.
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La dérive peut fixer un allèle et réduire la diversité allélique ; la sélection favorise les allèles qui augmentent le nombre de descendants.